Béarn et Basque

Nous avons tous en espoir que la 3ème saison de l’année, puisse être avec un ensoleillement maximal. Même si je l’avoue, j’apprécie quand quelques nuages ou orages viennent perturber, raisonnablement le programme d’UV intensifs. Je reprends l’écriture en laissant sur un brouillon les épisodes d’été en Normandie, où en quatuor de comparses, nous avons plaisamment remonté l’eau. Je partagerai plus tard ces joyeux moments, pour me concentrer sur mes sorties en Pyrénées.  L’aventure est complète cette année, en partant durant plusieurs semaines dans cette région du Béarn que nous n’avions jusque là jamais visitée. Mes cannes, le gilet et toutes les boites pour pêche et de montage ont été de la partie, à la découverte du Béarn, voisin du Pays Basque.

Nous avons été accueilli en vallée d’Aspe, où chemine le gave d’Oloron. Il y a un sentiment singulier en ces lieux, j’ai une affection particulière avec ces montagnes, par mon histoire familiale et à chacune de mes promenades elles paraissent plus séduisantes, attachantes. Mes cannes ont suivies auparavant des torrents de montagnes ou des rivières à forts débits, mais ici au pays affectionné par Tristan Derème, je suis ébahi par ce gave. Il coule à vive allure et change de physionomie très rapidement, plat ou cuve et rapides s’enchaînent frénétiquement au milieu des prés ou au coeur de roches qui l’entraînent dissimulant les accès à son lit. La vallée est tellement dégagée, les monts paraissent laisser place, s’effacent pour offrir un lieu protégé pour vivre, cultiver, aimer et pêcher. L’espace est bien différent de l’Aude ou de l’Ariège. La randonnée sera notre première activité pour découvrir de possibles parcours. Sans presser le temps, nous partons avec mon fils, avec nos escalades, sauts de puces de champs en champs, les griffures nous tatouent à tenter d’ouvrir des broussailles pour observer de  longues heures l’eau. Je crois que dans ces moments, il y en a un, que je chérie particulièrement. Car il précède  la préparation méthodique de la partie de fouet, avant même de s’assoir devant l’étau, ou de remplir avec une petite frénésie les poches. Ces dernières années, je revois ce moment avec lui, mon fils, dans les images que mes souvenirs m’accordent, il change, il grandit mais ce moment se répète, me faisant entrevoir qu’inexorablement, doucement, il devient un homme sous mes yeux.

Alors mon fils, vient ! Nous allons découvrir un trésor ou une enygme laissé par le Gave, pour ceux qui souhaitent observer. Vient fils ! Soulever des pierres ! On les choisit ensemble, chacun retourne et partage sa découverte à l’autre ou le conseille ; nos yeux ne savent plus où regarder tant il y a à découvrir sous ces roches et sur les fonds de sables ou de gravier. Notre recherche est essentielle, elle apporte des idées foisonnantes pour le montage, et la frénésie de sortir la soie est en nous décuplée. L’accord sur les mouches qui seront de saison, se trouve facilement, quand au lieu de sortie nous débattons, observons les postes, les spots. Car père et fils ne pêchent pas de la même manière, il fut un temps d’apprentissage ou nous étions en mimétisme, maintenant il tente, s’aventure et se différencie. Le choix du spot doit nous convenir à chacun, pour passer un bon moment ensemble. Vous connaissez cette sensation lorsque vous observez vos enfants, ce sentiment délicieux de les voir vivre de nouvelles expériences, à leurs manières, avec leur individualité, avec ce qui fait qu’il sont eux.

Nos projets de sorties se dessinent vers un parcours en amont d’Oloron Sainte Marie et sur le No-Kill éponyme. Pour le premier parcours, le chemin d’accès est ardu, et j’ai fait l’erreur d’aller trop vite pour passer des ruisseaux. Avant même d’être proche des eaux, sur des roches glissantes, j’ai déjà chuté de tout mon poids sur le tibia. Je vais rencontrer des difficultés, je le sens immédiatement. Dommage d’être si pressé…

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Quand, dis moi quand ?

Nous avons construits depuis des temps illustres nos maisons et nos villages au bord de l’eau. De la plus simple construction, à la plus importante nous avons la nécessité d’être proche de cette ressource. Elle est bien plus qu’une ressource matérielle, et elle est devenue cruciale dans la course effrénée de notre société « moderne ». Je ne lance pas dans un écrits écolo-contestataire du libéralisme galopant, je vous rassure.

La rivière est pour moi, un élan de poésie et de méditation. De mes souvenirs les plus lointain, l’eau est présente. J’ai en mémoire ses couleurs, son courant qui vient marqué des ondulations au contact des roches ; la palette de tonalité des sables et gravières. Son microcosme, avec sous les blocs de minéraux les portes bois, dans les fonds ou algues les gammares et nymphes, ont été autant de moment d’observation lorsque nous récoltions avec nos bocaux. Et c’est dans les années 80, enfant, que je découvre d’où vient l’eau de ma rivière.

Penser qu’une pluie battante s’est abattue sur une vallée et une plaine, il y a des décennies pour alimenter les sources, cela vous change un gamin. Penser qu’en ce temps, sous cette pluie, un homme a travaillé à son métier de paysan, d’artisan. Que cette eau nous revient aujourd’hui, dansante et chantante dans le lit de notre rivière. Lorsque que je vais près de mes rives, voilà qu’elles sont mes pensées, à ce présent ancré dans le passé, à ce pont qui enjambe deux rives du temps. Peut-être que si je me fige, si je me mets à l’écoute, ma rivière me glissera quelques paroles de ces hommes. Je sais que bien de mes prédécesseurs l’ont regardé avant moi, que cette eau poursuivra son histoire vers nos enfants lorsque je serai depuis longtemps disparu. Alors j’attends dans une disponibilité de pensées que les minutes s’égrainent, du lever du jour aux premières éclosions, car dans ces moments tout est possible. Aux côtés de ma rivière, je me sens simplement être présent.

Promenade normande

Il y a des dimanches, où nous trouvons toutes les forces nécessaires pour aller marcher. Marcher au bord de l’eau, père et fils, et un moment de bonheur.

© 6piedsurleau blog

La brume a deposé sur nos épaules, son léger manteau. Au petit matin l’eau était si calme, encore teintée par l’hiver.

© 6piedsurleau blog

Nous observons ensemble le parcours que nous devrons suivre dès le mois de mars, et discutons des postes et des imitations d’insectes à prendre dans nos boites. Les gammares seront bien sûr essentiels sur ces flots normands. Et nous ne manquons pas d’idées et d’envies de montages.

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nymphe en quill de paon, © 6piedsurleau blog

Notre chemin trouve enfin le soleil, en compagnon et la rivière se réveille.

La promenade dominicale, est vivifiante et agréable, un beau moment partagé à deux.

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Stéphane Larroque, le pêcheur de lumière

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Il y a des images qui vous transportent, vous bouleversent. Il y a des photographes qui au travers de leur regard, posent avec délicatesses et délices, les décors de montagnes et ruisseaux si chers à mon cœur.

Photos Pyrénées Couserans -  Etang de Lers

Stéphane Larroque vit à Toulouse, originaire des Pyrénées, du Couserans. Il réalise des photos avec des poses longues, qui sont une évocation du plaisir que je ressens au bord d’une eau, d’un torrent. Lorsque je contemple ses clichés je perçois les propos de Henri Cartier-Bresson : « Le temps court et s’écoule et notre mort seule arrive à le rattraper. La photographie est un couperet qui dans l’éternité saisit l’instant qui l’a éblouie ».

http://www.stephane-larroque.com/

Paysage Couserans

  • premier cliché : Stéphane Villaine par Stéphane Larroque

Phaesant tail sous la brume

J’apprécie la bonne compagnie, les amis et copains qu’ils soient discrets ou bruyants. J’aime les cuisines simples et d’autres bien plus corsées et je me retrouve souvent face au dilemme d’aimer la ville et son activité frénétique ainsi que la solitude au bord des cours d’eau. Depuis tout jeune, j’ai ce tiraillement entre deux pôles dans bon nombre de mes choix.

Je me suis dirigé à l’eau ce matin, avec une crainte de brume persistante. A 8h, avec mon café chaud, je n’ose monter ma canne mouche tellement la brume murmure à l’oreille de l’eau. Mais cette discussion sera furtive, car un rayon lumineux viendra troublé le dialogue de ce duo, pour relever le brouillard à quelques mètres au dessus de la cime des arbres.

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Le fond d’air est un peu humide, et la température proche des 8 degrés. Je ne perçois pas d’activité à la surface des eaux et je monte avec lenteur ma canne. Ce matin, j’hésite à débuter par le plan d’eau, je ne sais pourquoi je n’ai pas une envie débordante pour lancer. Je crois que la rivière sera pour sa part bien plus accueillante à cette heure. Étant le seul visiteur et j’ai le choix des postes, alors sous ce plafond qui se fait de moins en moins bas, je débuterai par le ruban de rivière. L’idée restera en mémoire de me rapprocher du plan d’eau en fin de matinée, où il est possible que ces demoiselles farios et arcs en ciel puissent danser à la surface.

Avec un pas léger dans l’âme par ce choix, je ménage mon arrivée au bord de la rivière afin de diminuer les risques d’être vu par ces occupantes. Équipés d’un bas de ligne long, à plus de 4,25 mètres pour une canne de 10 pieds, je fixe une mouche sur un fin diamètre de nylon, u corps de faisan avec thorax en herl de paon. Cette mouche n’est absolument pas lestée vu l’absence de courant, elle doit descendre dans l’eau avec un ralenti exquis. Il est possible de se questionner sur cette chute sans animation que certain qualifierait de sobre, approchant l’échec de mouvement réaliste. Mais cette sobriété, peut-être, cette austérité s’approche d’un moment inéluctable où une truite prononçant d’infimes refus prend l’artificelle nymphe en repas. Cette descente était bien une invitation à ce poisson, qui eut cinq approches et quatre détournements ; la vitesse plus importante n’aurait pas été adéquate. Il est rare face à mes habituelles sorties de réussir aussi vite ma première prise.

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L’eau se charge de brindilles, de feuilles et pourtant les lancers sont réalisables sans trop de gênes et avec plaisir, car cette petite phaisant tail sur hameçon de 16 mène une grande bataille ce matin. Elle est convoitée à chaque poste, me laissant jamais plus de deux lancers, avec des montées d’adrénaline à chaque prise. Quel plaisir…

Au milieu de la rivière, je change de nymphe pour une caddis puppa, avec une tête en bille blanche, un dubbing jaune pâle intégrant des fibres de cdc et un corps en latex au reflet jaune pâle. Elle est intéressante cette petite, elle attire des truites plus actives.

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Avec cette réussite, je m’aventure à tester une nymphe en autruchon noir avec grand plaisir également. Ainsi le temps filant me rapproche de la pause méridienne, je change mon moulinet pour aller faire quelques lancers. À cette saison, les daddys long legs sont régulièrement des alternatives opportunes, pourtant malgré les ombres et un bas de ligne bien dégraissé, je n’essuie que des refus sur cette artificielle. J’ai en l’espace de trente minutes observé, changé de mouche sans succès.

Dans ces cas, je reviens aux fondements, étant égal à moi même après des montages modernes j’ai monté lors des semaines précédentes des mouches très à la mode… à la mode en 1929. J’opte donc pour une gray wulff, certes beaucoup de pêcheurs l’emploient au printemps pour sa flottaison haute sur des courants. Mes observations m’ont porté à les utiliser en automne, dans les tons gris/orangé sur des petits hameçons courts, en 14 ou 16 selon les marques. Les conditions climatiques sont importantes à mes yeux, je la pose sur l’eau par temps gris, voir pluvieux. Cette imitation de l’éphémère danica à son stade de sub-imago de Lee Wulff, sera la réussite de la pause méridienne, à la suite je rangerai mon gilet avec la pleine satisfaction de cette matinée.

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C Royal !

L’été est le temps propice à la rêverie, se prélasser devient un objectif. Pour ma part, j’avais chargé les cannes au cas où. Enfin « au cas où  » ? Je guettais le moindre sentier, glissant vers une eau, dans cette région inconnue. C’était sans compter sur un lieu idéal se dressant sur les berges de l’Aveyron et une belle rencontre, d’un voisin généreux nous proposant une partie de pêche au Fouet.

(La rivière Aveyron dans le Tarn et Garonne)

Aussitôt dit, aussitôt prêt pour découvrir une rivière avec de beaux courants. Au barrage, après l’émoi de la découverte, notre voisin M R. Roux nous partage par une main entrouverte ce qui fera notre succès de l’été. Au coup du soir, elle est l’obsession des chevesnes.

Chevesne royal ou « royal coachman » ? Dire que ce succès a presque 140 ans !

Je ne pouvais que courir à l’étau … (et oui, les cannes n’étaient pas seules dans mon coffre et dans cette région inconnue ! )

Créé par John Haily en 1878, monteur professionnel New-Yorkais, la « Royal Coachman » est un dérivé d’une mouche noyée dont le corps est en herl de paon. La noyée « Coachman » (1830) de Tom Boswort doit son nom au fait, que son inventeur était le cocher du roi de Grande-Bretagne et d’Irlande GeorgesIV.
John Haily monta donc cette mouche avec une bande de soie rouge au milieu du corps de herl de paon pour satisfaire le souhait de solidité et de résistance d’un client pêchant les eaux froides du nord des États Unis. Il y ajouta également une queue en collerette de faisan doré. Elle inspirera Lee Wulff, en 1929, qui montera ses « Gray & White Wulff » (ci-dessous photo : lemoucheux.ca).

L’étreinte d’un ruisseau

Quand je remonte dans mes souvenirs, c’est une petite rivière qui marque mon enfance. Une rivière, un camarade de vacances, et mon père… Voilà le décor de vacances merveilleuses dans une maison du Cantal. La maison est en pierres grises, au fond d’une impasse qui mène presque à la place du village avec sa fontaine et son église. Je suis sûre que vous possédez de tel lieu dans vos mémoires ou aujourd’hui. Des lieux de liberté où l’on peut, enfant, partir à l’aventure.

 

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(photo : atelier Simon Teyssou architecture)

 

A cette époque mon père pêche au lac, du brochet et du sandre. Je le vois encore préparer, agencer, ses cannes et mallettes. Nous nous levions avant le soleil pour s’installer au bord de l’eau, à une heure où même la brume préfère rester immobile. Pour permettre ces moments bénis, il faudra que j’apprenne à escalader, crapahuter avec cannes et boîtes, avec un certain nombre d’objets qui ne permettent pas un déplacement facile dans les sous-bois et sur les roches. Mon père a le chic de choisir des lieux sauvages et inhospitalier, ce « sont les meilleurs coins » bien sûr. J’ai compris à 8 ans que pour un bel ouvrage ou un doux moment, nous devions y consacrer du temps, de l’investissement, de l’énergie, de la préparation.

 

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 (Lac Saint Etienne Cantalès)

 

La veille d’une partie de pêche, mon père devait alimenter son bac de vifs. Et c’est au bout des prés, au milieu des herbes hautes que je m’accomplissais. Comment décrire le ruisseau du Pontal, tellement les images m’assaillent. Ces petits lacets, qui me paraissaient immenses pour mon âge, étaient autant de parcours de découvertes. Les couleurs changeantes des fonds en fonction de la densité des arbres ou arbustes, tant de cailloux jusqu’aux sols sablonneux, de roches aux petits herbiers, sont dans mes souvenirs des couleurs de kaléidoscope toujours vivaces. Ce ruisseau coure dans les prairies autour du village et nous ne pouvions faire à peine un quart de son parcours en une après-midi. Quel plaisir d’être là, au milieu de cette nature. Quelle découverte ! Ces insectes autour, sur et sous les roches ; aux formes et couleurs si variées ! Et suivre cette eau, glissant proche d’une berge, lovant un rocher, s’agitant en petit torrent et retrouver une accalmie aux pieds de savonnières.

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C’est au son du ruisseau de Pontal, sur ses berges à Glénat dans le Cantal, que mon père m’a fait un cadeau, celui de me transmettre son amour de l’eau et de la pêche.