Le sifflement

Un pêcheur informé est un homme averti. Il nous faut toujours prendre connaissance du bulletin météo pour permettre une sortie de notre repère. Plus les années passent et j’observe qu’une détérioration des prévisions de temps s’opère. Nous n’avons absolument pas une perte de connaissance atmosphérique, un niveau médiocre de météorologie, bien au contraire. Notre tendre terre est déboussolée et ne parvient plus, face à notre trop grande activité à conserver des cycles cohérents. Alors en homme averti, je décide de sortir mes cannes, avec une vérification le jour même des conditions climatiques, quitte à devoir affronter une très forte frustration si les nuages obscurcissent les futées.

C’est ainsi que je pris la route un jour de tempête annoncée, alors que le ciel était claire semé de fils de cotonneux nuages. Avec satisfaction, mon arrivée au domaine est accueillie par un éclat de sommeil ; au bord des rives, il y a quelques verdiers et mésanges, et surtout des salmonidés. Je peux dans ces conditions  débuter avec ma 8 pieds en fibre de verre, soie de 5. Cette canne est d’un jaune chaud, comme un bambou clair, qui se fond pourtant dans les roseaux. Je reste à observer, en ce début d’après midi, la surface immobile de l’eau. Le froid s’est retiré, emportant avec lui son emprise de glace, seules de petites bourrasque de vent viennent troubler le vert profond de l’étendue. L’activité est inexistante, mis à part des sillons qui filent sous la surface qui me laisse penser qu’elles sont légèrement en activité sous le plafond aquatique. Un air me trotte dans la tête et m’accompagne à l’assemblage de ma canne. Cette chanson des Red Hot Chili Peppers, « goodbye angels », est à la fois entraînante et d’un tempo raisonnable pour me permettre de profiter de ce moment délicieux de la pose du moulinet sous la poignée. Elle me rappelle mes années lycées, ce temps où tout est possible, ou la découverte humaine, littéraire, musicale vous assaille, vous bouleverse ; ce moment de votre vie où vous portez vos premiers amours et vos premières luttes en toute conscience.

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© 6piedsurleau blog

Je me suis préparé à l’éventualité, d’une piètre activité des salmonidés, alors que les eaux s’étaient figées par les températures hivernales ; je me suis activé sur des petites nymphes marrons, kakis, ou beige derrière mon atelier de montage. Je ne souhaite pas pêcher avec un unique indicateur de parapost, je me réserve cette technique pour les jours difficiles où les postes de bordures derrières de grandes savonnières ne m’offrent qu’une visibilité minime. J’ai dans ma boite un spent d’une couleur intense de feuille, même si je crains qu’au lancer cette vilaine imitation ne me vrille mon fil, je dois tenter. En repli, il me reste une petite sèche avec une flottaison très basse mais je préférerai la première imitation au couleur bien plus sombre. Pour l’instant, je m’applique sur chaque nœud, sur chaque pas qui m’approche de la rive et qui devront me permettre de poser ce train de 2 mouches spent / nymphe de type « Killer bug » revisitée.

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© 6piedsurleau blog

J’ai l’impression d’être un grand timide, au milieu du paysage sans mouvement, je n’ose pas troubler cette quiétude. Les nuages se referment au dessus de moi et l’eau prend des teintes bleus métalliques, le vent brouille légèrement la pellicule et imite les envolées d’étourneaux. Un moment de grâce flotte sur ma petite vallée, je l’achève par 2 faux lancers et une projection à plusieurs mètres vers le sole. La nymphe entre dans l’eau discrètement vue sa taille, et mon montage est bien proportionné car mon fil paraît ne pas être vrillé, le spent vient se posé en conservant une tension de fil, lentement. La langueur du tempo est primordiale sous des eaux statiques, mon nylon dégraissé disparaît à l’inverse rapidement..

Je me remémore ces temps, où avec Manu nous avions jeté nos vélos sur le bord de route et nous projetions nos fils pour imiter son grand-père. Je revois cet homme, qui gardait une odeur de bois sur lui, étant le menuisier et charpentier du village. Avec sa refendu, il marquait un arrêt qui me paraissait à mon jeune âge une projection de catapulte du moyen-âge. Le souvenir toujours présent de cette petite mouche au corps marron/orangé avec une tête en plume d’oie, me revient à chaque fois. Elle décrivait une trajectoire flottante, lorsque la soie était projetée et ainsi cette sêche se posait avec légèreté, fil tendu, juste en amont d’une roche.

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Je crois que je ne parviendrai pas à ce fil tendu, j’ai dû monter une avant pointe trop longue. Cela ne me dérange que peu, certes mon geste est peu esthétique mais je me régale à entendre parfois le sifflement discret de la soie. Mon train de 2 mouches fait fureur et à chaque posé je peux m’attendre à un gobage sur ma sèche et tout autant sur ma nymphe. Mon 12/100 s’abîme rapidement face à la cadence, je m’amuse et refait à plusieurs reprise ma pointe. Je ne croiserai, durant plus de quatre heures, aucun de mes contemporains et c’est de bonne augure. Je ne serai pas démasqué avec ce sourire béa aux lèvres, mes yeux brillants comme un enfant et mon petit sifflement sous mes allez retours de soie…

Vivement la prochaine prévision de tempête,

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Le prix Nobel ou la quête inachevée du BDL

Je suis un de ces humains, qui ne brillera pas par la remise d’une distinction telle que le prix Nobel. Mes compositions de bas de ligne de ces dernières années étaient un défi aux lois des mathématiques et de la physique. Bien souvent, ces lois furent victorieuses face à mes fouettés tout en souplesse, ou tout énergiques fussent-ils.

Alors un jour, j’ai décidé d’entreprendre une vraie observation et de prendre le chemin de la quête du bas de ligne. Une quête quelque peu inachevée, car je prends parfois bien du plaisir à me plonger dans des formules. J’aime relever des défis pour trouver enfin, le bas de ligne aux mesures efficaces ou atteindre la satisfaction d’une construction uniquement en chiffre d’or. Surtout, je souhaite conserver l’énergie du lancer et éviter les désagréments d’un posé de mouche à l’image d’un atterrissage d’un bombardier B52.

J’ai choisi quelques critères pour développer des bas de lignes différents. J’utilise déjà une clé simple liée à mes soies, que je préfère flottantes ou intermédiaires (pour mes soies de 3 à 5 et mes soies de 6 à 7). Puis, je m’applique la règle suivante : monter un bas de ligne pour rivière ou de réservoir. Je m’excuse par avance auprès de tous mes collègues qui pêchent en ruisseaux et torrents étroits, je ne proposerai pas de bas de ligne pour eux. Mon habitat naturel ne me prodigue pas ces endroits merveilleux.

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Avec ce choix de soie et de condition d’environnement, je peux alors me concentrer sur le choix final et absolument arbitraire de pêcher en sèche (que j’affectionne au plus au point !) ou en nymphe. Donc avec perspicacité vous avez compilé les indices et vous pouvez vous attendre à 6 formules différentes. Je commencerai peut-être par 2 compositions qui correspondent à l’action de canne et au rythme du pêcheur, qui pour ma part est un rythme lent.

J’additionne les fils de nylon de manière dégressive, et parfois progressive. J’ai choisi un corps de bas de ligne qui associe les plus gros diamètres du 50/100 ou 45/100 au 25/100, puis une avant pointe et enfin une pointe. La pointe sera déterminée en fonction du lieu de pêche pour adopter un nylon ayant une souplesse et élasticité adéquate et un diamètre suffisamment discret mais solide pour permettre la prise. Je préfère les noeuds barils pour réaliser les jonctions du corps de bas de ligne, jusqu’à la micro boucle ou le micro anneaux ; pour la pointe je noue avec le noeud  du chirurgien.

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Je construis le corps de ligne en utilisant du Maxima « Chameleon » ou du JMC « Kamoufil » jusqu’à la micro boucle. Les pointes sont confectionnées avec du Varivas, ou bien du Hanak, Vision.

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Le bas de ligne est un sujet inépuisable, fort intéressant et qui nous questionne durant nos parties de pêche, et bien au delà.