Pheasant Tail

Pour les connaisseurs, elle est de toutes les sorties et ils la conseillent bien souvent ; pour les novices elle est curieusement minimaliste. En effet, la Pheasant tail est une mouche qui rappelle les caractéristiques des beatis, que l’on nomme également «l’olive» ; son modèle en nymphe a été créé par Franck Sawyer en 1958. Garde de pêche de sa fonction, Franck Sawyer est passionné de pêche et d’entomologie. Il arpente les rives de l’Avon dans le Hampshire, en utilisant une Pheasant tail red spinner, ainsi il observera qu’une fois immergée, celle-ci permet de prendre du poisson.

Franck Sawyer cherche une nymphe coulant rapidement, pour pêcher à vue, en « touche incitée » sur les eaux claires de l’Avon. Le modèle de Sawyer, est de sa plus simple expression, des fibres de faisan constituant les cerques, le corps, le sac alaire et un fil de cuivre pour monter, cercler et réaliser le thorax. Ce modèle imite une nymphe vulnérable, qui ne deploie pas ses pattes lorsqu’elle nage, elle coule rapidement à la hauteur voulue grâce au poid du cuivre.

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Elle est une de mes classiques, de mes voyages en rivière ou en réservoir, de la taille 14 à 18. Quand le doute s’installe, bien souvent c’est elle qui me redonne mes repères. Je vous propose une variante pour rivière avec un léger courant (pour les rapides, vous ajouterez un cerclage de cuivre sous le corps et une bille plus lestée).

Franck Sawyer pouvait en dire, dans The master on the nymph – nymphing in classic style (1979)  : « La forme générale et la couleur, de même que la bonne taille, sont de plus grande importance que la juste copie. Mes deux modèles universels, comme je les nomme, sont la Pheasant tail et la Grey goose. La Pheasant tail imite les nymphes les plus foncées et la Grey goose les plus claires. »

Béarn et Basque

Nous avons tous en espoir que la 3ème saison de l’année, puisse être avec un ensoleillement maximal. Même si je l’avoue, j’apprécie quand quelques nuages ou orages viennent perturber, raisonnablement le programme d’UV intensifs. Je reprends l’écriture en laissant sur un brouillon les épisodes d’été en Normandie, où en quatuor de comparses, nous avons plaisamment remonté l’eau. Je partagerai plus tard ces joyeux moments, pour me concentrer sur mes sorties en Pyrénées.  L’aventure est complète cette année, en partant durant plusieurs semaines dans cette région du Béarn que nous n’avions jusque là jamais visitée. Mes cannes, le gilet et toutes les boites pour pêche et de montage ont été de la partie, à la découverte du Béarn, voisin du Pays Basque.

Nous avons été accueilli en vallée d’Aspe, où chemine le gave d’Oloron. Il y a un sentiment singulier en ces lieux, j’ai une affection particulière avec ces montagnes, par mon histoire familiale et à chacune de mes promenades elles paraissent plus séduisantes, attachantes. Mes cannes ont suivies auparavant des torrents de montagnes ou des rivières à forts débits, mais ici au pays affectionné par Tristan Derème, je suis ébahi par ce gave. Il coule à vive allure et change de physionomie très rapidement, plat ou cuve et rapides s’enchaînent frénétiquement au milieu des prés ou au coeur de roches qui l’entraînent dissimulant les accès à son lit. La vallée est tellement dégagée, les monts paraissent laisser place, s’effacent pour offrir un lieu protégé pour vivre, cultiver, aimer et pêcher. L’espace est bien différent de l’Aude ou de l’Ariège. La randonnée sera notre première activité pour découvrir de possibles parcours. Sans presser le temps, nous partons avec mon fils, avec nos escalades, sauts de puces de champs en champs, les griffures nous tatouent à tenter d’ouvrir des broussailles pour observer de  longues heures l’eau. Je crois que dans ces moments, il y en a un, que je chérie particulièrement. Car il précède  la préparation méthodique de la partie de fouet, avant même de s’assoir devant l’étau, ou de remplir avec une petite frénésie les poches. Ces dernières années, je revois ce moment avec lui, mon fils, dans les images que mes souvenirs m’accordent, il change, il grandit mais ce moment se répète, me faisant entrevoir qu’inexorablement, doucement, il devient un homme sous mes yeux.

Alors mon fils, vient ! Nous allons découvrir un trésor ou une enygme laissé par le Gave, pour ceux qui souhaitent observer. Vient fils ! Soulever des pierres ! On les choisit ensemble, chacun retourne et partage sa découverte à l’autre ou le conseille ; nos yeux ne savent plus où regarder tant il y a à découvrir sous ces roches et sur les fonds de sables ou de gravier. Notre recherche est essentielle, elle apporte des idées foisonnantes pour le montage, et la frénésie de sortir la soie est en nous décuplée. L’accord sur les mouches qui seront de saison, se trouve facilement, quand au lieu de sortie nous débattons, observons les postes, les spots. Car père et fils ne pêchent pas de la même manière, il fut un temps d’apprentissage ou nous étions en mimétisme, maintenant il tente, s’aventure et se différencie. Le choix du spot doit nous convenir à chacun, pour passer un bon moment ensemble. Vous connaissez cette sensation lorsque vous observez vos enfants, ce sentiment délicieux de les voir vivre de nouvelles expériences, à leurs manières, avec leur individualité, avec ce qui fait qu’il sont eux.

Nos projets de sorties se dessinent vers un parcours en amont d’Oloron Sainte Marie et sur le No-Kill éponyme. Pour le premier parcours, le chemin d’accès est ardu, et j’ai fait l’erreur d’aller trop vite pour passer des ruisseaux. Avant même d’être proche des eaux, sur des roches glissantes, j’ai déjà chuté de tout mon poids sur le tibia. Je vais rencontrer des difficultés, je le sens immédiatement. Dommage d’être si pressé…

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Observe et regarde encore,

Il y a des matins qui sont illuminés, tout d’abord par la lumière qui est bien différente ces derniers jours. Elle s’enveloppe enfin de tonalités orangées, des teintes chaudes pour te rappeler qu’un nouveau cycle advient. Tu le sents sur ta peau, dans tes os, que le printemps s’approche. Il arrive avec son cortège de lumière, de chlorophylle, les verdiers et leurs congénères théropodes clament son approche en fanfare et trompettes. Leurs chants virevoltent et le vent s’est lui-même débarrassé de ses attraits de glace pour danser à cette musique. Tu as le plaisir de rejoindre une eau en milieu de matinée, qui commence à faire apparaître son fond, car sa charge d’hiver, sa turbidité s’efface doucement. Alors avec concentration et impatience, je monte ma grande canne, il est fort à parier que je débuterai par une séance de pêche à la nymphe. Nous verrons par la suite en cours de journée, si la température est clémente pour permettre quelques éclosions et qui sait, avoir le plaisir de poser quelques mouches sèches. A ce moment de la journée, j’oscille entre observation et excitation car il est évident que les conditions sont particulièrement bonnes pour une partie de fouet.

Je reste un bon moment à observer l’eau, sur la partie qui sera mon début de parcours, elle est calme, luxe et volup…. et calme. La rivière parait réciter sa poétique, d’une roche à l’autre, sans avoir invité les insectes dans son cheminement, sans proposer un seul accent de ponctuation. La nymphe sera une March Brown, sur un hameçon de 14, avec une seconde mouche palmer, car l’eau ne me permet pas de pêcher complètement à vue. Je profite du temps qui passe, sans être haletant sur les posés, je prospecte les bords de berge méthodologiquement. Je sais que cette rivière est rigoureuse, et elle ne m’offrira pas de prise, si je ne m’applique pas à l’approche, au posé et au retrait de l’eau de mes imitations. Une première éclosion a  lieu car je m’approche de la fin de matinée, qui fait danser sous les arbres quelques bibios. Je suis en méditation face à ces changements comme plusieurs volatiles qui attendent, qui sont au guet, cela veut-il dire qu’une seconde éclosion va avoir lieu ? A chacun de mes pas sur les rives, j’apprends que je ne sais pas grand chose, que je reste bien ignorant face à la nature. J’apprends que l’observation ainsi que la patience récompense, bien plus un moucheur, que la frénésie du geste. A chaque promenade, je reviens avec un certain nombre de questionnements sur ce qui m’entoure et sur moi.

C’est sur un ponton de rondins de bois, enjambant les eaux que je découvre la deuxième éclosion. Comme nous prenions, avec mon fils, un court moment pour grignoter notre repas, sur la serviette posée au sol une éphémère est venue nous rejoindre. C’est toujours un moment si simple et fragile que d’être proche d’une espèce, on se demande si une connexion va se faire, si elle va reprendre son vol avant même que notre regard se soit posé sur elle dans le détail. Nous étions je pense disponibles et calmes, ainsi l’éphémère est restée de très longues minutes, comme coquette, nous permettant de la contempler. Il est possible que ce soit une Heptageniidae soit Epeorus, Rithrogena, Electrogena, ou Ecdyonurus ; qui sont des genres ayant 2 cerques. Avec l’approfondissement de mes connaissances, je pourrai peut-être un jour réussir à discerner avec plus d’aisance les genres au bord de la rivière.

Comment décrire ce qui se déroule par la suite, ces instants d’observation ont toujours un impact sur les choix que nous prendrons dans ce début d’après midi. On change la pointe de bas de ligne, la nymphe et sa taille, qui sera au bénéfice de très belles approches, voire parfois des refus haletants. En effet, sur une partie que j’affectionne, je pose une nymphe d’heptagenia sur le dernier tiers d’une accélération, d’un courant, qui précède une courbure du cours d’eau. J’arrive à rester dans la veine, avec ma soie qui se positionne sans tirer la nymphe. A moins d’un mètre de la fin du courant je perçois une forme sortir de sa cache, tout d’abord à vive allure, puis elle effectue une nage en arrière au même tempo que ma nymphe. Cette truite nage en « moonwalk » à 10 centimètres face à ma nymphe durant quelques secondes, je pense sans être sûr, le temps s’était figé. Elle recule donc, et se rapproche de mon regard, je la vois distinctement, je guette les ouïes et leur ouverture. Mais cela n’adviendra pas, la danseuse ne prendra pas mon imitation et accélère d’un coup d’un seul, vers une nouvelle cache. Je suis resté souriant au milieu des savonnières, car je pêche exactement pour ces sensations, pour ces moments d’échecs infimes ou de réussites.

La journée s’avance très légèrement, mes pas m’ont guidé vers des ombrages, et la rivière devient plus encombrée par la végétation. Les arbres l’étreignent, se posent sur ses rives, les occupent en lui faisant une haie d’honneur lassive. Cette partie sera délicieuse lorsque je pourrai remonter son cours au sein du flot, mais comme elle est difficile, exigeante, pourrai-je réussir un posé sous cet encombrement ? Je viens d’identifier un bruit, un son connu me laissant penser qu’une d’entre elles serait montée pour prendre son repas en surface. Lentement, j’avance et arrive à identifier la zone d’activité sous une révérence de branches, proche de la rive opposée à plus de 12 mètres en amont de mon poste. Un arbre parait me permettre de me glisser et d’avoir un angle, mais que faire, je ne peux pas fouetter. Si j’ai dans ma boite une sèche au corps vert/ jaune avec une aile blanche faite avec des petites plumes de colvert (mallard), je me lance pour un shoot en arbalète. Une première tentative me permet de poser délicatement mais sur la veine d’eau dans un axe plus court que les gobages qui se poursuivent. Je règle la distance, je bouge que très peu, j’attends, je me délecte de la voir monter avec régularité à la surface et puis je lache ma mouche. Sa trajectoire est très proche des branches, et elle se glisse jusqu’à la lisière de la berge, se pose à 80 centimètres en amont des gobages et descend jusqu’à… Pendu ! Je l’ai, sous l’effet d’un petit bouillon, mes doigts ont tirés légèrement la soie au gobage et ma canne s’est redressée que de quelques centimètres pour permettre le contact. La belle est ferrée, et mon cœur est prêt à jaillir de ma poitrine, je peux compter sur l’aide de mon fils pour lui redonner sa liberté. Je suis simplement heureux de nos aventures.

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Mayfly nymph, nymphe Danica

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Mayfly nymph, nymphe de mouche de mai

Les éphémères sont les plus anciens insectes ailés de la planète. Les larves peuvent vivre de quelques semaines à plus de 2 ans, la couleur dominante des larves d’éphémères tire vers le jaune-brun. Elles mesurent de 18 à 25mm.

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Nymphe Danica, photo de Jbi

Les larves d’éphémères possèdent un corps divisé en trois parties :

  • la tête
  • le thorax : composé de 3 segments visibles , il porte les fourreaux alaires qui sont absents chez les jeunes larves et qui apparaissent au fur et à mesure des mues. Au dernier stade, ils sont de couleur brun noir.
  • l’abdomen : composé de 10 segments. Il se termine par trois longs cerques. Des branchies*, bien visibles, mobiles et de taille variable, se situent sur les bords latéraux des 7 premiers segments de l’abdomen.
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Nymphe Danica

Les Larves d’éphémères Danica sont fouisseuses , elles affectionnent le substrat meuble (sable et vase) du bord des rives des lacs et rivières à courant lent ou fort. Grâce à des grandes mandibules proéminentes, elles y creusent des galeries en U dont les deux extrémités sont en contact avec la surface, galeries qui s’écroulent derrière elles du fait de la mobilité du substrat. Les pattes antérieures sont aplaties et servent de pelle. Les branchies sont plumeuses et repliées sur le haut de l’abdomen. Dans sa galerie, la larve ondule son corps de haut en bas pour créer un courant d’eau apportant l’oxygène nécessaire à la respiration.

Le sifflement

Un pêcheur informé est un homme averti. Il nous faut toujours prendre connaissance du bulletin météo pour permettre une sortie de notre repère. Plus les années passent et j’observe qu’une détérioration des prévisions de temps s’opère. Nous n’avons absolument pas une perte de connaissance atmosphérique, un niveau médiocre de météorologie, bien au contraire. Notre tendre terre est déboussolée et ne parvient plus, face à notre trop grande activité à conserver des cycles cohérents. Alors en homme averti, je décide de sortir mes cannes, avec une vérification le jour même des conditions climatiques, quitte à devoir affronter une très forte frustration si les nuages obscurcissent les futées.

C’est ainsi que je pris la route un jour de tempête annoncée, alors que le ciel était claire semé de fils de cotonneux nuages. Avec satisfaction, mon arrivée au domaine est accueillie par un éclat de sommeil ; au bord des rives, il y a quelques verdiers et mésanges, et surtout des salmonidés. Je peux dans ces conditions  débuter avec ma 8 pieds en fibre de verre, soie de 5. Cette canne est d’un jaune chaud, comme un bambou clair, qui se fond pourtant dans les roseaux. Je reste à observer, en ce début d’après midi, la surface immobile de l’eau. Le froid s’est retiré, emportant avec lui son emprise de glace, seules de petites bourrasque de vent viennent troubler le vert profond de l’étendue. L’activité est inexistante, mis à part des sillons qui filent sous la surface qui me laisse penser qu’elles sont légèrement en activité sous le plafond aquatique. Un air me trotte dans la tête et m’accompagne à l’assemblage de ma canne. Cette chanson des Red Hot Chili Peppers, « goodbye angels », est à la fois entraînante et d’un tempo raisonnable pour me permettre de profiter de ce moment délicieux de la pose du moulinet sous la poignée. Elle me rappelle mes années lycées, ce temps où tout est possible, ou la découverte humaine, littéraire, musicale vous assaille, vous bouleverse ; ce moment de votre vie où vous portez vos premiers amours et vos premières luttes en toute conscience.

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© 6piedsurleau blog

Je me suis préparé à l’éventualité, d’une piètre activité des salmonidés, alors que les eaux s’étaient figées par les températures hivernales ; je me suis activé sur des petites nymphes marrons, kakis, ou beige derrière mon atelier de montage. Je ne souhaite pas pêcher avec un unique indicateur de parapost, je me réserve cette technique pour les jours difficiles où les postes de bordures derrières de grandes savonnières ne m’offrent qu’une visibilité minime. J’ai dans ma boite un spent d’une couleur intense de feuille, même si je crains qu’au lancer cette vilaine imitation ne me vrille mon fil, je dois tenter. En repli, il me reste une petite sèche avec une flottaison très basse mais je préférerai la première imitation au couleur bien plus sombre. Pour l’instant, je m’applique sur chaque nœud, sur chaque pas qui m’approche de la rive et qui devront me permettre de poser ce train de 2 mouches spent / nymphe de type « Killer bug » revisitée.

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© 6piedsurleau blog

J’ai l’impression d’être un grand timide, au milieu du paysage sans mouvement, je n’ose pas troubler cette quiétude. Les nuages se referment au dessus de moi et l’eau prend des teintes bleus métalliques, le vent brouille légèrement la pellicule et imite les envolées d’étourneaux. Un moment de grâce flotte sur ma petite vallée, je l’achève par 2 faux lancers et une projection à plusieurs mètres vers le sole. La nymphe entre dans l’eau discrètement vue sa taille, et mon montage est bien proportionné car mon fil paraît ne pas être vrillé, le spent vient se posé en conservant une tension de fil, lentement. La langueur du tempo est primordiale sous des eaux statiques, mon nylon dégraissé disparaît à l’inverse rapidement..

Je me remémore ces temps, où avec Manu nous avions jeté nos vélos sur le bord de route et nous projetions nos fils pour imiter son grand-père. Je revois cet homme, qui gardait une odeur de bois sur lui, étant le menuisier et charpentier du village. Avec sa refendu, il marquait un arrêt qui me paraissait à mon jeune âge une projection de catapulte du moyen-âge. Le souvenir toujours présent de cette petite mouche au corps marron/orangé avec une tête en plume d’oie, me revient à chaque fois. Elle décrivait une trajectoire flottante, lorsque la soie était projetée et ainsi cette sêche se posait avec légèreté, fil tendu, juste en amont d’une roche.

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© 6piedsurleau blog

Je crois que je ne parviendrai pas à ce fil tendu, j’ai dû monter une avant pointe trop longue. Cela ne me dérange que peu, certes mon geste est peu esthétique mais je me régale à entendre parfois le sifflement discret de la soie. Mon train de 2 mouches fait fureur et à chaque posé je peux m’attendre à un gobage sur ma sèche et tout autant sur ma nymphe. Mon 12/100 s’abîme rapidement face à la cadence, je m’amuse et refait à plusieurs reprise ma pointe. Je ne croiserai, durant plus de quatre heures, aucun de mes contemporains et c’est de bonne augure. Je ne serai pas démasqué avec ce sourire béa aux lèvres, mes yeux brillants comme un enfant et mon petit sifflement sous mes allez retours de soie…

Vivement la prochaine prévision de tempête,

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© 6piedsurleau blog

Une rivière et des lymbes

Ce matin, le fond d’air est froid. Des plaques de glaces se sont constituées sur la grande retenue d’eau. Le sol craque sous mes pas, et je peine à sortir la soie tellement ce froid a engourdi mes doigts. Pourrait-on penser que cela m’arrête, sous les volées des migrateurs, sous cette vision splendide d’une fin d’automne ? Je prends avec conviction le chemin de la rive. Je vais devoir redescendre à l’abri des sous-bois pour trouver une eau sans plaque de glace. Aucune activité à la surface, biensûr, vu le manque de luminosité et la desertion d’insectes. Je dois descendre en diamètre ma pointe, et utiliser un bas de ligne long, me lancer vers une pêche à la nymphe à vue. Mon premier choix sera une petite nymphe en faisan, sur hameçon #14.

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J’entraperçois des formes sombres qui se déplacent, sans créer de cercles, elles remontent la rivière lentement en ligne droite. Je m’essaye à quelques lancers qui, par ce froid me paraissent gauches. La difficulté lorsque le bras et la main sont engourdis repose à l’allongement du geste, afin de permettre à la nymphe d’être suffisamment en amont de la trajectoire et à une profondeur satisfaisante à la vue du salmonidé. En théorie, et je dis bien en théorie, je pensais réussir à entrevoir des trajectoires vers mon imitation. Cette dernière descendant lentement, ou animée ne paraît pas être attrayante. J’insiste, j’affine mes lancers en m’équipant des mes lunettes polarisantes, je scrute jusqu’à la limite du plancher sombre à 60cm sous la surface. Rien y fait, je n’ai qu’une seule attaque en deux heures…

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Parfois, l’insistance déraisonnée démontre notre perte d’objectivité. Après avoir libérée cette truite, je me décide à aller plus loin sous la surface d’eau, malgré une section fluo précédent mon micro-anneau, je ne parviens pas à voir correctement les attaques. Je veux sonder les limbes et pour cela, j’ajoute un sedge indicateur, placé à un bon mètre d’une nouvelle nymphe. J’ai le choix entre deux indicateurs, soit une tabanas au corps orangé et une aile beige, ou un ducky hog hopper avec un thorax rouge sous une aile de cervidé blanchâtre. La nymphe devient bien plus foncée, car je n’ai plus besoin de la guetter, je la choisie sans aucun lestage. Je m’intéresse aux bordures, où il y a peu de chemin d’homme les longeant, dans les zones abritées sous un arbre.

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Le succès est immédiat, l’indicateur plonge rapidement, après la disparition de la nymphe dans les profondeurs de la rivière. Le jeu est attrayant et je poursuis mon chemin vers chacun des  abris  repérés. Le goût de l’échec s’est estompé, car cette prise si rapide m’a ragaillardi.

Phaesant tail sous la brume

J’apprécie la bonne compagnie, les amis et copains qu’ils soient discrets ou bruyants. J’aime les cuisines simples et d’autres bien plus corsées et je me retrouve souvent face au dilemme d’aimer la ville et son activité frénétique ainsi que la solitude au bord des cours d’eau. Depuis tout jeune, j’ai ce tiraillement entre deux pôles dans bon nombre de mes choix.

Je me suis dirigé à l’eau ce matin, avec une crainte de brume persistante. A 8h, avec mon café chaud, je n’ose monter ma canne mouche tellement la brume murmure à l’oreille de l’eau. Mais cette discussion sera furtive, car un rayon lumineux viendra troublé le dialogue de ce duo, pour relever le brouillard à quelques mètres au dessus de la cime des arbres.

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Le fond d’air est un peu humide, et la température proche des 8 degrés. Je ne perçois pas d’activité à la surface des eaux et je monte avec lenteur ma canne. Ce matin, j’hésite à débuter par le plan d’eau, je ne sais pourquoi je n’ai pas une envie débordante pour lancer. Je crois que la rivière sera pour sa part bien plus accueillante à cette heure. Étant le seul visiteur et j’ai le choix des postes, alors sous ce plafond qui se fait de moins en moins bas, je débuterai par le ruban de rivière. L’idée restera en mémoire de me rapprocher du plan d’eau en fin de matinée, où il est possible que ces demoiselles farios et arcs en ciel puissent danser à la surface.

Avec un pas léger dans l’âme par ce choix, je ménage mon arrivée au bord de la rivière afin de diminuer les risques d’être vu par ces occupantes. Équipés d’un bas de ligne long, à plus de 4,25 mètres pour une canne de 10 pieds, je fixe une mouche sur un fin diamètre de nylon, u corps de faisan avec thorax en herl de paon. Cette mouche n’est absolument pas lestée vu l’absence de courant, elle doit descendre dans l’eau avec un ralenti exquis. Il est possible de se questionner sur cette chute sans animation que certain qualifierait de sobre, approchant l’échec de mouvement réaliste. Mais cette sobriété, peut-être, cette austérité s’approche d’un moment inéluctable où une truite prononçant d’infimes refus prend l’artificelle nymphe en repas. Cette descente était bien une invitation à ce poisson, qui eut cinq approches et quatre détournements ; la vitesse plus importante n’aurait pas été adéquate. Il est rare face à mes habituelles sorties de réussir aussi vite ma première prise.

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L’eau se charge de brindilles, de feuilles et pourtant les lancers sont réalisables sans trop de gênes et avec plaisir, car cette petite phaisant tail sur hameçon de 16 mène une grande bataille ce matin. Elle est convoitée à chaque poste, me laissant jamais plus de deux lancers, avec des montées d’adrénaline à chaque prise. Quel plaisir…

Au milieu de la rivière, je change de nymphe pour une caddis puppa, avec une tête en bille blanche, un dubbing jaune pâle intégrant des fibres de cdc et un corps en latex au reflet jaune pâle. Elle est intéressante cette petite, elle attire des truites plus actives.

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Avec cette réussite, je m’aventure à tester une nymphe en autruchon noir avec grand plaisir également. Ainsi le temps filant me rapproche de la pause méridienne, je change mon moulinet pour aller faire quelques lancers. À cette saison, les daddys long legs sont régulièrement des alternatives opportunes, pourtant malgré les ombres et un bas de ligne bien dégraissé, je n’essuie que des refus sur cette artificielle. J’ai en l’espace de trente minutes observé, changé de mouche sans succès.

Dans ces cas, je reviens aux fondements, étant égal à moi même après des montages modernes j’ai monté lors des semaines précédentes des mouches très à la mode… à la mode en 1929. J’opte donc pour une gray wulff, certes beaucoup de pêcheurs l’emploient au printemps pour sa flottaison haute sur des courants. Mes observations m’ont porté à les utiliser en automne, dans les tons gris/orangé sur des petits hameçons courts, en 14 ou 16 selon les marques. Les conditions climatiques sont importantes à mes yeux, je la pose sur l’eau par temps gris, voir pluvieux. Cette imitation de l’éphémère danica à son stade de sub-imago de Lee Wulff, sera la réussite de la pause méridienne, à la suite je rangerai mon gilet avec la pleine satisfaction de cette matinée.

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Sous une éclaircie,

Au déclin d’une saison, nous devons développer bien des efforts pour profiter de quelques brefs moments de beauté. Bien avant le lever du jour, je me suis mis en quête d’un coin d’eau propice pour nympher et c’est sous la brume que mon périple m’amène dans l’Essonne. Protégé du vent au creux d’une colline, il faut descendre un chemin légèrement abrupte pour rejoindre le domaine.

L’eau y est calme, dégagée de feuilles qui déjà virevoltent lentement pour s’échouer de façon éparses sur la surface. Au petit matin l’étendue est calme, sans un sillon, mais l’eau est si claire que je peux observer les truites, sous l’eau, déjà en activité d’alimentation. Pourtant mon attention sera complètement détournée par les chants qui s’élèvent des bois alentours. Est-ce dû au changement de plumage pour se préparer à l’hiver approchant, ou à la protection du territoire à la menace d’un autre volatile ? En tout cas, assez proche de moi, un oiseau a décidé par un chant gracieux et séduisant de me faire  profiter pleinement de longues minutes de  concerto.

L’eau claire a des reflets changeants par des fonds vert/marron métalliques ou gris. Cela ne me permet pas d’utiliser n’importe quelle nymphe. Je porte mon dévolu sur une caddis pupa, #16, sans aucun lestage. Ma pointe de bas de ligne doit être suffisamment discrète (soit de 14/100e ou même de 12/100e) pour éviter les rejets qui seront marqués en ce début de matinée. Quel plaisir de pouvoir accompagner sous la pellicule la descente très lente de la nymphe, de pouvoir observer l’accélération de la truite vers cette imitation. Le succès se répète régulièrement, me permettant de voir les robes de truites communes, arcs en ciel, tigrées ou fario.

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Le soleil apparait, et sa magie l’accompagnant, l’eau s’anime de quelques éclosions. Entre les fines feuilles jaunes, déjà dansent les insectes de petites tailles d’une teinte gris clair ; puis s’en suit quelques Limoniidaes (tipules). Cette danse aux bords de l’eau et sur sa surface m’achemine à changer de bobine, et à me lancer dans l’aventure de fouetter quelques mouches sèches. Je sais que la raison, au vu du peu de gobages devrait me faire rester sur une pêche à vue, mais l’atmosphère se réchauffant m’entraine à un peu plus d’excentricité. Je trouve alors une petite veine d’eau, où je pense que ces demoiselles les truites s’organisent, un regroupement à quelques mètres plus bas, pour profiter d’un festin porté par le frêle courant.

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J’ai attaché mon petit palmer, lentement déroulé de la soie au sol. Avec un pas mesuré, j’ai choisi mon emplacement pour fouetter un minimum de fois puis poser. Je dois réussir à rendre visible mon palmer entre les quelques feuillages flottants. Mon attente fut si courte, la mouche à peine posée que l’eau s’agite et fait apparaitre la gueule de la truite convoitée. Ma soie est tendue, pliant la canne si rapidement que je relâche la soie pour ne pas prendre le risque d’une casse par trop de bride. Je jubile intérieurement du succès de mon excentricité, comme un enfant venant de franchir un fossé ou de dévaler une pente ardue avec son vélo…

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Le relâché, vu l’éloignement de l’eau, est plus périlleux. Après une accrobatie réussie sans malmener le poisson, je parviens à l’amener dans son écrin et lui permet de retrouver son orientation. Elle partira avec des coups de queue énergiques.

Ai-je pris, dans ma boite, mon montage sans corps détaché de tipule ? Car autour de moi les vols de ces insectes deviennent plus importants, et les eaux vont s’agiter. L’experience est attirante, et ma boite est bien complète, j’ai le choix en modèle et en taille, pour m’engager dans un nouveau lancer, à quatre-vingt centimètres en aval du précédent.

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Dès le lancer, je me décale légèrement pour sortir du reflet que le ciel laisse sur l’eau. Quelle surprise, de revivre l’apparition d’une arc en ciel. Au ralenti, elle se hisse vers mon tipule dont les pattes sont étalées sur la première pellicule. L’adrénaline me prend.

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Je reviendrai durant cette magnifique journée, dès que les nuages marqueront le ciel, à la nymphe à vue avec beaucoup de plaisir. Avec ces émotions, j’ai oublié, tout oublié au bord de l’eau. J’ai omis mon agenda professionnel, le poids dans les jambes, et même le déjeuner. J’ai été pleinement dans l’instant présent. Attentionné au temps qui passe et change, aux sons qui m’environnent et intensément en observation du microcosme de la nature m’entourant.