Pheasant Tail

Pour les connaisseurs, elle est de toutes les sorties et ils la conseillent bien souvent ; pour les novices elle est curieusement minimaliste. En effet, la Pheasant tail est une mouche qui rappelle les caractéristiques des beatis, que l’on nomme également «l’olive» ; son modèle en nymphe a été créé par Franck Sawyer en 1958. Garde de pêche de sa fonction, Franck Sawyer est passionné de pêche et d’entomologie. Il arpente les rives de l’Avon dans le Hampshire, en utilisant une Pheasant tail red spinner, ainsi il observera qu’une fois immergée, celle-ci permet de prendre du poisson.

Franck Sawyer cherche une nymphe coulant rapidement, pour pêcher à vue, en « touche incitée » sur les eaux claires de l’Avon. Le modèle de Sawyer, est de sa plus simple expression, des fibres de faisan constituant les cerques, le corps, le sac alaire et un fil de cuivre pour monter, cercler et réaliser le thorax. Ce modèle imite une nymphe vulnérable, qui ne deploie pas ses pattes lorsqu’elle nage, elle coule rapidement à la hauteur voulue grâce au poid du cuivre.

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Elle est une de mes classiques, de mes voyages en rivière ou en réservoir, de la taille 14 à 18. Quand le doute s’installe, bien souvent c’est elle qui me redonne mes repères. Je vous propose une variante pour rivière avec un léger courant (pour les rapides, vous ajouterez un cerclage de cuivre sous le corps et une bille plus lestée).

Franck Sawyer pouvait en dire, dans The master on the nymph – nymphing in classic style (1979)  : « La forme générale et la couleur, de même que la bonne taille, sont de plus grande importance que la juste copie. Mes deux modèles universels, comme je les nomme, sont la Pheasant tail et la Grey goose. La Pheasant tail imite les nymphes les plus foncées et la Grey goose les plus claires. »

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Observe et regarde encore,

Il y a des matins qui sont illuminés, tout d’abord par la lumière qui est bien différente ces derniers jours. Elle s’enveloppe enfin de tonalités orangées, des teintes chaudes pour te rappeler qu’un nouveau cycle advient. Tu le sents sur ta peau, dans tes os, que le printemps s’approche. Il arrive avec son cortège de lumière, de chlorophylle, les verdiers et leurs congénères théropodes clament son approche en fanfare et trompettes. Leurs chants virevoltent et le vent s’est lui-même débarrassé de ses attraits de glace pour danser à cette musique. Tu as le plaisir de rejoindre une eau en milieu de matinée, qui commence à faire apparaître son fond, car sa charge d’hiver, sa turbidité s’efface doucement. Alors avec concentration et impatience, je monte ma grande canne, il est fort à parier que je débuterai par une séance de pêche à la nymphe. Nous verrons par la suite en cours de journée, si la température est clémente pour permettre quelques éclosions et qui sait, avoir le plaisir de poser quelques mouches sèches. A ce moment de la journée, j’oscille entre observation et excitation car il est évident que les conditions sont particulièrement bonnes pour une partie de fouet.

Je reste un bon moment à observer l’eau, sur la partie qui sera mon début de parcours, elle est calme, luxe et volup…. et calme. La rivière parait réciter sa poétique, d’une roche à l’autre, sans avoir invité les insectes dans son cheminement, sans proposer un seul accent de ponctuation. La nymphe sera une March Brown, sur un hameçon de 14, avec une seconde mouche palmer, car l’eau ne me permet pas de pêcher complètement à vue. Je profite du temps qui passe, sans être haletant sur les posés, je prospecte les bords de berge méthodologiquement. Je sais que cette rivière est rigoureuse, et elle ne m’offrira pas de prise, si je ne m’applique pas à l’approche, au posé et au retrait de l’eau de mes imitations. Une première éclosion a  lieu car je m’approche de la fin de matinée, qui fait danser sous les arbres quelques bibios. Je suis en méditation face à ces changements comme plusieurs volatiles qui attendent, qui sont au guet, cela veut-il dire qu’une seconde éclosion va avoir lieu ? A chacun de mes pas sur les rives, j’apprends que je ne sais pas grand chose, que je reste bien ignorant face à la nature. J’apprends que l’observation ainsi que la patience récompense, bien plus un moucheur, que la frénésie du geste. A chaque promenade, je reviens avec un certain nombre de questionnements sur ce qui m’entoure et sur moi.

C’est sur un ponton de rondins de bois, enjambant les eaux que je découvre la deuxième éclosion. Comme nous prenions, avec mon fils, un court moment pour grignoter notre repas, sur la serviette posée au sol une éphémère est venue nous rejoindre. C’est toujours un moment si simple et fragile que d’être proche d’une espèce, on se demande si une connexion va se faire, si elle va reprendre son vol avant même que notre regard se soit posé sur elle dans le détail. Nous étions je pense disponibles et calmes, ainsi l’éphémère est restée de très longues minutes, comme coquette, nous permettant de la contempler. Il est possible que ce soit une Heptageniidae soit Epeorus, Rithrogena, Electrogena, ou Ecdyonurus ; qui sont des genres ayant 2 cerques. Avec l’approfondissement de mes connaissances, je pourrai peut-être un jour réussir à discerner avec plus d’aisance les genres au bord de la rivière.

Comment décrire ce qui se déroule par la suite, ces instants d’observation ont toujours un impact sur les choix que nous prendrons dans ce début d’après midi. On change la pointe de bas de ligne, la nymphe et sa taille, qui sera au bénéfice de très belles approches, voire parfois des refus haletants. En effet, sur une partie que j’affectionne, je pose une nymphe d’heptagenia sur le dernier tiers d’une accélération, d’un courant, qui précède une courbure du cours d’eau. J’arrive à rester dans la veine, avec ma soie qui se positionne sans tirer la nymphe. A moins d’un mètre de la fin du courant je perçois une forme sortir de sa cache, tout d’abord à vive allure, puis elle effectue une nage en arrière au même tempo que ma nymphe. Cette truite nage en « moonwalk » à 10 centimètres face à ma nymphe durant quelques secondes, je pense sans être sûr, le temps s’était figé. Elle recule donc, et se rapproche de mon regard, je la vois distinctement, je guette les ouïes et leur ouverture. Mais cela n’adviendra pas, la danseuse ne prendra pas mon imitation et accélère d’un coup d’un seul, vers une nouvelle cache. Je suis resté souriant au milieu des savonnières, car je pêche exactement pour ces sensations, pour ces moments d’échecs infimes ou de réussites.

La journée s’avance très légèrement, mes pas m’ont guidé vers des ombrages, et la rivière devient plus encombrée par la végétation. Les arbres l’étreignent, se posent sur ses rives, les occupent en lui faisant une haie d’honneur lassive. Cette partie sera délicieuse lorsque je pourrai remonter son cours au sein du flot, mais comme elle est difficile, exigeante, pourrai-je réussir un posé sous cet encombrement ? Je viens d’identifier un bruit, un son connu me laissant penser qu’une d’entre elles serait montée pour prendre son repas en surface. Lentement, j’avance et arrive à identifier la zone d’activité sous une révérence de branches, proche de la rive opposée à plus de 12 mètres en amont de mon poste. Un arbre parait me permettre de me glisser et d’avoir un angle, mais que faire, je ne peux pas fouetter. Si j’ai dans ma boite une sèche au corps vert/ jaune avec une aile blanche faite avec des petites plumes de colvert (mallard), je me lance pour un shoot en arbalète. Une première tentative me permet de poser délicatement mais sur la veine d’eau dans un axe plus court que les gobages qui se poursuivent. Je règle la distance, je bouge que très peu, j’attends, je me délecte de la voir monter avec régularité à la surface et puis je lache ma mouche. Sa trajectoire est très proche des branches, et elle se glisse jusqu’à la lisière de la berge, se pose à 80 centimètres en amont des gobages et descend jusqu’à… Pendu ! Je l’ai, sous l’effet d’un petit bouillon, mes doigts ont tirés légèrement la soie au gobage et ma canne s’est redressée que de quelques centimètres pour permettre le contact. La belle est ferrée, et mon cœur est prêt à jaillir de ma poitrine, je peux compter sur l’aide de mon fils pour lui redonner sa liberté. Je suis simplement heureux de nos aventures.

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Mayfly nymph, nymphe Danica

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Mayfly nymph, nymphe de mouche de mai

Les éphémères sont les plus anciens insectes ailés de la planète. Les larves peuvent vivre de quelques semaines à plus de 2 ans, la couleur dominante des larves d’éphémères tire vers le jaune-brun. Elles mesurent de 18 à 25mm.

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Nymphe Danica, photo de Jbi

Les larves d’éphémères possèdent un corps divisé en trois parties :

  • la tête
  • le thorax : composé de 3 segments visibles , il porte les fourreaux alaires qui sont absents chez les jeunes larves et qui apparaissent au fur et à mesure des mues. Au dernier stade, ils sont de couleur brun noir.
  • l’abdomen : composé de 10 segments. Il se termine par trois longs cerques. Des branchies*, bien visibles, mobiles et de taille variable, se situent sur les bords latéraux des 7 premiers segments de l’abdomen.
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Nymphe Danica

Les Larves d’éphémères Danica sont fouisseuses , elles affectionnent le substrat meuble (sable et vase) du bord des rives des lacs et rivières à courant lent ou fort. Grâce à des grandes mandibules proéminentes, elles y creusent des galeries en U dont les deux extrémités sont en contact avec la surface, galeries qui s’écroulent derrière elles du fait de la mobilité du substrat. Les pattes antérieures sont aplaties et servent de pelle. Les branchies sont plumeuses et repliées sur le haut de l’abdomen. Dans sa galerie, la larve ondule son corps de haut en bas pour créer un courant d’eau apportant l’oxygène nécessaire à la respiration.

Phaesant tail sous la brume

J’apprécie la bonne compagnie, les amis et copains qu’ils soient discrets ou bruyants. J’aime les cuisines simples et d’autres bien plus corsées et je me retrouve souvent face au dilemme d’aimer la ville et son activité frénétique ainsi que la solitude au bord des cours d’eau. Depuis tout jeune, j’ai ce tiraillement entre deux pôles dans bon nombre de mes choix.

Je me suis dirigé à l’eau ce matin, avec une crainte de brume persistante. A 8h, avec mon café chaud, je n’ose monter ma canne mouche tellement la brume murmure à l’oreille de l’eau. Mais cette discussion sera furtive, car un rayon lumineux viendra troublé le dialogue de ce duo, pour relever le brouillard à quelques mètres au dessus de la cime des arbres.

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Le fond d’air est un peu humide, et la température proche des 8 degrés. Je ne perçois pas d’activité à la surface des eaux et je monte avec lenteur ma canne. Ce matin, j’hésite à débuter par le plan d’eau, je ne sais pourquoi je n’ai pas une envie débordante pour lancer. Je crois que la rivière sera pour sa part bien plus accueillante à cette heure. Étant le seul visiteur et j’ai le choix des postes, alors sous ce plafond qui se fait de moins en moins bas, je débuterai par le ruban de rivière. L’idée restera en mémoire de me rapprocher du plan d’eau en fin de matinée, où il est possible que ces demoiselles farios et arcs en ciel puissent danser à la surface.

Avec un pas léger dans l’âme par ce choix, je ménage mon arrivée au bord de la rivière afin de diminuer les risques d’être vu par ces occupantes. Équipés d’un bas de ligne long, à plus de 4,25 mètres pour une canne de 10 pieds, je fixe une mouche sur un fin diamètre de nylon, u corps de faisan avec thorax en herl de paon. Cette mouche n’est absolument pas lestée vu l’absence de courant, elle doit descendre dans l’eau avec un ralenti exquis. Il est possible de se questionner sur cette chute sans animation que certain qualifierait de sobre, approchant l’échec de mouvement réaliste. Mais cette sobriété, peut-être, cette austérité s’approche d’un moment inéluctable où une truite prononçant d’infimes refus prend l’artificelle nymphe en repas. Cette descente était bien une invitation à ce poisson, qui eut cinq approches et quatre détournements ; la vitesse plus importante n’aurait pas été adéquate. Il est rare face à mes habituelles sorties de réussir aussi vite ma première prise.

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L’eau se charge de brindilles, de feuilles et pourtant les lancers sont réalisables sans trop de gênes et avec plaisir, car cette petite phaisant tail sur hameçon de 16 mène une grande bataille ce matin. Elle est convoitée à chaque poste, me laissant jamais plus de deux lancers, avec des montées d’adrénaline à chaque prise. Quel plaisir…

Au milieu de la rivière, je change de nymphe pour une caddis puppa, avec une tête en bille blanche, un dubbing jaune pâle intégrant des fibres de cdc et un corps en latex au reflet jaune pâle. Elle est intéressante cette petite, elle attire des truites plus actives.

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Avec cette réussite, je m’aventure à tester une nymphe en autruchon noir avec grand plaisir également. Ainsi le temps filant me rapproche de la pause méridienne, je change mon moulinet pour aller faire quelques lancers. À cette saison, les daddys long legs sont régulièrement des alternatives opportunes, pourtant malgré les ombres et un bas de ligne bien dégraissé, je n’essuie que des refus sur cette artificielle. J’ai en l’espace de trente minutes observé, changé de mouche sans succès.

Dans ces cas, je reviens aux fondements, étant égal à moi même après des montages modernes j’ai monté lors des semaines précédentes des mouches très à la mode… à la mode en 1929. J’opte donc pour une gray wulff, certes beaucoup de pêcheurs l’emploient au printemps pour sa flottaison haute sur des courants. Mes observations m’ont porté à les utiliser en automne, dans les tons gris/orangé sur des petits hameçons courts, en 14 ou 16 selon les marques. Les conditions climatiques sont importantes à mes yeux, je la pose sur l’eau par temps gris, voir pluvieux. Cette imitation de l’éphémère danica à son stade de sub-imago de Lee Wulff, sera la réussite de la pause méridienne, à la suite je rangerai mon gilet avec la pleine satisfaction de cette matinée.

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