Phaesant tail sous la brume

J’apprécie la bonne compagnie, les amis et copains qu’ils soient discrets ou bruyants. J’aime les cuisines simples et d’autres bien plus corsées et je me retrouve souvent face au dilemme d’aimer la ville et son activité frénétique ainsi que la solitude au bord des cours d’eau. Depuis tout jeune, j’ai ce tiraillement entre deux pôles dans bon nombre de mes choix.

Je me suis dirigé à l’eau ce matin, avec une crainte de brume persistante. A 8h, avec mon café chaud, je n’ose monter ma canne mouche tellement la brume murmure à l’oreille de l’eau. Mais cette discussion sera furtive, car un rayon lumineux viendra troublé le dialogue de ce duo, pour relever le brouillard à quelques mètres au dessus de la cime des arbres.

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Le fond d’air est un peu humide, et la température proche des 8 degrés. Je ne perçois pas d’activité à la surface des eaux et je monte avec lenteur ma canne. Ce matin, j’hésite à débuter par le plan d’eau, je ne sais pourquoi je n’ai pas une envie débordante pour lancer. Je crois que la rivière sera pour sa part bien plus accueillante à cette heure. Étant le seul visiteur et j’ai le choix des postes, alors sous ce plafond qui se fait de moins en moins bas, je débuterai par le ruban de rivière. L’idée restera en mémoire de me rapprocher du plan d’eau en fin de matinée, où il est possible que ces demoiselles farios et arcs en ciel puissent danser à la surface.

Avec un pas léger dans l’âme par ce choix, je ménage mon arrivée au bord de la rivière afin de diminuer les risques d’être vu par ces occupantes. Équipés d’un bas de ligne long, à plus de 4,25 mètres pour une canne de 10 pieds, je fixe une mouche sur un fin diamètre de nylon, u corps de faisan avec thorax en herl de paon. Cette mouche n’est absolument pas lestée vu l’absence de courant, elle doit descendre dans l’eau avec un ralenti exquis. Il est possible de se questionner sur cette chute sans animation que certain qualifierait de sobre, approchant l’échec de mouvement réaliste. Mais cette sobriété, peut-être, cette austérité s’approche d’un moment inéluctable où une truite prononçant d’infimes refus prend l’artificelle nymphe en repas. Cette descente était bien une invitation à ce poisson, qui eut cinq approches et quatre détournements ; la vitesse plus importante n’aurait pas été adéquate. Il est rare face à mes habituelles sorties de réussir aussi vite ma première prise.

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L’eau se charge de brindilles, de feuilles et pourtant les lancers sont réalisables sans trop de gênes et avec plaisir, car cette petite phaisant tail sur hameçon de 16 mène une grande bataille ce matin. Elle est convoitée à chaque poste, me laissant jamais plus de deux lancers, avec des montées d’adrénaline à chaque prise. Quel plaisir…

Au milieu de la rivière, je change de nymphe pour une caddis puppa, avec une tête en bille blanche, un dubbing jaune pâle intégrant des fibres de cdc et un corps en latex au reflet jaune pâle. Elle est intéressante cette petite, elle attire des truites plus actives.

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Avec cette réussite, je m’aventure à tester une nymphe en autruchon noir avec grand plaisir également. Ainsi le temps filant me rapproche de la pause méridienne, je change mon moulinet pour aller faire quelques lancers. À cette saison, les daddys long legs sont régulièrement des alternatives opportunes, pourtant malgré les ombres et un bas de ligne bien dégraissé, je n’essuie que des refus sur cette artificielle. J’ai en l’espace de trente minutes observé, changé de mouche sans succès.

Dans ces cas, je reviens aux fondements, étant égal à moi même après des montages modernes j’ai monté lors des semaines précédentes des mouches très à la mode… à la mode en 1929. J’opte donc pour une gray wulff, certes beaucoup de pêcheurs l’emploient au printemps pour sa flottaison haute sur des courants. Mes observations m’ont porté à les utiliser en automne, dans les tons gris/orangé sur des petits hameçons courts, en 14 ou 16 selon les marques. Les conditions climatiques sont importantes à mes yeux, je la pose sur l’eau par temps gris, voir pluvieux. Cette imitation de l’éphémère danica à son stade de sub-imago de Lee Wulff, sera la réussite de la pause méridienne, à la suite je rangerai mon gilet avec la pleine satisfaction de cette matinée.

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C Royal !

L’été est le temps propice à la rêverie, se prélasser devient un objectif. Pour ma part, j’avais chargé les cannes au cas où. Enfin « au cas où  » ? Je guettais le moindre sentier, glissant vers une eau, dans cette région inconnue. C’était sans compter sur un lieu idéal se dressant sur les berges de l’Aveyron et une belle rencontre, d’un voisin généreux nous proposant une partie de pêche au Fouet.

(La rivière Aveyron dans le Tarn et Garonne)

Aussitôt dit, aussitôt prêt pour découvrir une rivière avec de beaux courants. Au barrage, après l’émoi de la découverte, notre voisin M R. Roux nous partage par une main entrouverte ce qui fera notre succès de l’été. Au coup du soir, elle est l’obsession des chevesnes.

Chevesne royal ou « royal coachman » ? Dire que ce succès a presque 140 ans !

Je ne pouvais que courir à l’étau … (et oui, les cannes n’étaient pas seules dans mon coffre et dans cette région inconnue ! )

Créé par John Haily en 1878, monteur professionnel New-Yorkais, la « Royal Coachman » est un dérivé d’une mouche noyée dont le corps est en herl de paon. La noyée « Coachman » (1830) de Tom Boswort doit son nom au fait, que son inventeur était le cocher du roi de Grande-Bretagne et d’Irlande GeorgesIV.
John Haily monta donc cette mouche avec une bande de soie rouge au milieu du corps de herl de paon pour satisfaire le souhait de solidité et de résistance d’un client pêchant les eaux froides du nord des États Unis. Il y ajouta également une queue en collerette de faisan doré. Elle inspirera Lee Wulff, en 1929, qui montera ses « Gray & White Wulff » (ci-dessous photo : lemoucheux.ca).