L’orage

Te rappeles-tu ces matins, à prendre la voiture pour serpenter sur les routes, passer les ponts de pierres et longer les allées de châtaigniers, d’ormes ? Te rappelles-tu ces odeurs de forêts, de mousses et sur une cassette audio, il y avait ce Monsieur qui égrainait ses mots, ses textes, ses poèmes ? Georges est un musicien, un auteur, un homme que tu découvres et que tu apprécies différemment à chaque âge de ta vie ; tu peux entendre ces bons mots et rigolades quand tu es enfant ; adolescent, tu perçois sa conviction politique et ainsi de suite à chaque décennies du découvres une facette de ses textes. Georges est mon enfance,  ma rébellion, ma sensibilité et ma conscience politique.

Aujourd’hui il sera un orage…

« Parlez-moi de la pluie et non pas du beau temps
Le beau temps me dégoute et m’fait grincer les dents
Le bel azur me met en rage
Car le plus grand amour qui m’fut donné sur terr’
Je l’dois au mauvais temps, je l’dois à Jupiter
Il me tomba d’un ciel d’orage

Par un soir de novembre, à cheval sur les toits
Un vrai tonnerr’ de Brest, avec des cris d’putois
Allumait ses feux d’artifice
Bondissant de sa couche en costume de nuit
Ma voisine affolée vint cogner à mon huis
En réclamant mes bons offices

[…]

En bénissant le nom de Benjamin Franklin
Je l’ai mise en lieu sûr entre mes bras câlins
Et puis l’amour a fait le reste
Toi qui sèmes des paratonnerr’s à foison
Que n’en as-tu planté sur ta propre maison
Erreur on ne peut plus funeste

[…]

A partir de ce jour j’n’ai plus baissé les yeux
J’ai consacré mon temps à contempler les cieux
A regarder passer les nues
A guetter les stratus, à lorgner les nimbus
A faire les yeux doux aux moindres cumulus
Mais elle n’est pas revenue »

L’orage, de G. Brassens

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L’étreinte d’un ruisseau

Quand je remonte dans mes souvenirs, c’est une petite rivière qui marque mon enfance. Une rivière, un camarade de vacances, et mon père… Voilà le décor de vacances merveilleuses dans une maison du Cantal. La maison est en pierres grises, au fond d’une impasse qui mène presque à la place du village avec sa fontaine et son église. Je suis sûre que vous possédez de tel lieu dans vos mémoires ou aujourd’hui. Des lieux de liberté où l’on peut, enfant, partir à l’aventure.

 

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(photo : atelier Simon Teyssou architecture)

 

A cette époque mon père pêche au lac, du brochet et du sandre. Je le vois encore préparer, agencer, ses cannes et mallettes. Nous nous levions avant le soleil pour s’installer au bord de l’eau, à une heure où même la brume préfère rester immobile. Pour permettre ces moments bénis, il faudra que j’apprenne à escalader, crapahuter avec cannes et boîtes, avec un certain nombre d’objets qui ne permettent pas un déplacement facile dans les sous-bois et sur les roches. Mon père a le chic de choisir des lieux sauvages et inhospitalier, ce « sont les meilleurs coins » bien sûr. J’ai compris à 8 ans que pour un bel ouvrage ou un doux moment, nous devions y consacrer du temps, de l’investissement, de l’énergie, de la préparation.

 

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 (Lac Saint Etienne Cantalès)

 

La veille d’une partie de pêche, mon père devait alimenter son bac de vifs. Et c’est au bout des prés, au milieu des herbes hautes que je m’accomplissais. Comment décrire le ruisseau du Pontal, tellement les images m’assaillent. Ces petits lacets, qui me paraissaient immenses pour mon âge, étaient autant de parcours de découvertes. Les couleurs changeantes des fonds en fonction de la densité des arbres ou arbustes, tant de cailloux jusqu’aux sols sablonneux, de roches aux petits herbiers, sont dans mes souvenirs des couleurs de kaléidoscope toujours vivaces. Ce ruisseau coure dans les prairies autour du village et nous ne pouvions faire à peine un quart de son parcours en une après-midi. Quel plaisir d’être là, au milieu de cette nature. Quelle découverte ! Ces insectes autour, sur et sous les roches ; aux formes et couleurs si variées ! Et suivre cette eau, glissant proche d’une berge, lovant un rocher, s’agitant en petit torrent et retrouver une accalmie aux pieds de savonnières.

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C’est au son du ruisseau de Pontal, sur ses berges à Glénat dans le Cantal, que mon père m’a fait un cadeau, celui de me transmettre son amour de l’eau et de la pêche.