Vieux jardins,

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Qui n’aime ces jardins des humbles dont les haies
Sont de neige au printemps, puis s’empourprent de baies
Que visite le merle à l’arrière-saison ;
Où dort, couvert de mousse, un vieux pan de maison
Qu’une vigne gaîment couronne de sa frise,
Sous la fenêtre étroite et que le temps irise ;
Où des touffes de buis d’âge immémorial
Répandent leur parfum austère et cordial ;
Où la vieillesse rend les groseilliers avares ;
Jardinets mesurant à peine quelques ares,
Mais si pleins de verdeurs et de destructions
Qu’on y suivrait le fil des générations;
Où près du tronc caduc et pourri qu’un ver fouille,
Les cheveux allumés, l’enfant vermeil gazouille ;
Où vers le banc verdi les bons vieillards tremblants
Viennent, sur leur béquille appuyant leurs pas lents
Et gardant la gaîté, – car leur âme presbyte
Voit mieux les beaux lointains que la lumière habite, –
D’un regard déjà lourd de l’éternel sommeil,
Tout doucement sourire à leur dernier soleil ?

Jules Breton, « Jeanne Chant VI »

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Ephemeroptera (rhithrogena, baetis…)

L’éphémère, aussi appelée manne ou mouche de mai, se trouve en eau douce et oxygénée.

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Elle connait 5 stades différents durant sa vie : l’œuf, la larve, la nymphe, le subimago et l’imago.

Le cycle débute par l’œuf, enfermé dans une coquille rigide appelée chorion, contenant les substances nutritives, le vitellus. Le nombre d’œufs pondus est très variable suivant les espèces, il est compris généralement entre 500 et 3000 par femelle.

Les larves se développent, par mues successives, en un à trois ans sous l’influence de la température du milieu. La larve d’éphémère est parfois appelée naïade car elle est aquatique. Selon les groupes, les larves colonisent la majorité des substrats des milieux, agrippées aux pierres, galets, bois morts, ou se déplacent dans les interstices du substrat grossier (rampantes – larve de serratella ignita), ou entre la végétation (nageuses – nymphe de procloeon pennulatum), ou creusent des galeries dans le substrat plus fin (fouisseuses – ephemeria danica).

Les larves d’éphémères croissent par mues successives, cette larve subit de 15 à 25 mues avant de devenir adulte. L’abdomen est généralement prolongé par trois appendices, les cerques, le cerque médian (cercoïde) pouvant être réduit. La respiration se réalise par des trachéobranchies abdominales, de forme et de nombre variables selon les genres.

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On peut distinguer trois types de cycles vitaux en fonction de la durée et de la périodicité :

  • Une seule génération par an : Rhithrogena, Habroleptoides, Siphlonurus.
  • Deux générations par an et même parfois plus : certaines espèces du genre Baetis et Ecdyonurus.
  • Une génération tous les deux ans : Ephemera.

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À la fin de la phase larvaire, les larves émergent, en se hissant sur un support minéral ou végétal, soit en s’élevant vers la surface en pleine eau. Elles se transforment rapidement en subimago, aux ailes translucides et frangées, qui s’échappent du milieu aquatique par un vol lourd vers la végétation rivulaire où elles accomplissent généralement leur dernière mue. La prédation des éphémères par les truites a souvent lieu lors de cette émergence où les nymphes quittent leur refuge sous les pierres et les débris végétaux divers pour gagner la surface.

La période de vol débute vers la fin mars et peut s’étendre jusqu’en novembre, selon les espèces.

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Rhitrogena germanica, brune de mars

Les caractéristiques de l’éphémère

  • La subimago et l’imago ont un corps qui mesure entre 3 à 40 mm (sans les cerques)
  • Les ailes sont finement nervurées et rigides, généralement tendues à la verticale au repos, elles ne peuvent pas se replier en arrière au repos. Les ailes sont transparentes et parfois jaunâtres ou brunâtres, voire brillantes. Elles sont ornées d’une tache sur leur bord avant à l’extrémité de l’aile. La première paire d’aile est plus longue chez les mâles.
  • Antennes petites, composées d’articles courts et épais, prolongés par une soie fine.
  • Pièces buccales broyeuses chez les larves
  • Deux ou trois longs filaments multiarticulés : deux cerques entourant le paracerque central prolongeant l’abdomen. Le paracerque central peut manquer selon les genres.
  • Leur développement est de type hémimétabole, sans stade immobile entre la larve et l’adulte.

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Ephemera danica, la grande mouche de mai

Les mâles ont les pattes antérieures plus longues que celles des femelles, et présentent des forceps  à l’extrémité de leur abdomen. Ces caractères permettent l’accouplement. Les imagos (adultes) ont une vie brève, uniquement consacrée à la reproduction. Ils ne se nourrissent pas et n’ont d’ailleurs ni pièces buccales, ni tube digestif.

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Ouvrage magnifique de Paul Troël et Jacques Le Doaré (pour l’acquérir : http://troel.free.fr/)

Une rivière et des lymbes

Ce matin, le fond d’air est froid. Des plaques de glaces se sont constituées sur la grande retenue d’eau. Le sol craque sous mes pas, et je peine à sortir la soie tellement ce froid a engourdi mes doigts. Pourrait-on penser que cela m’arrête, sous les volées des migrateurs, sous cette vision splendide d’une fin d’automne ? Je prends avec conviction le chemin de la rive. Je vais devoir redescendre à l’abri des sous-bois pour trouver une eau sans plaque de glace. Aucune activité à la surface, biensûr, vu le manque de luminosité et la desertion d’insectes. Je dois descendre en diamètre ma pointe, et utiliser un bas de ligne long, me lancer vers une pêche à la nymphe à vue. Mon premier choix sera une petite nymphe en faisan, sur hameçon #14.

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J’entraperçois des formes sombres qui se déplacent, sans créer de cercles, elles remontent la rivière lentement en ligne droite. Je m’essaye à quelques lancers qui, par ce froid me paraissent gauches. La difficulté lorsque le bras et la main sont engourdis repose à l’allongement du geste, afin de permettre à la nymphe d’être suffisamment en amont de la trajectoire et à une profondeur satisfaisante à la vue du salmonidé. En théorie, et je dis bien en théorie, je pensais réussir à entrevoir des trajectoires vers mon imitation. Cette dernière descendant lentement, ou animée ne paraît pas être attrayante. J’insiste, j’affine mes lancers en m’équipant des mes lunettes polarisantes, je scrute jusqu’à la limite du plancher sombre à 60cm sous la surface. Rien y fait, je n’ai qu’une seule attaque en deux heures…

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Parfois, l’insistance déraisonnée démontre notre perte d’objectivité. Après avoir libérée cette truite, je me décide à aller plus loin sous la surface d’eau, malgré une section fluo précédent mon micro-anneau, je ne parviens pas à voir correctement les attaques. Je veux sonder les limbes et pour cela, j’ajoute un sedge indicateur, placé à un bon mètre d’une nouvelle nymphe. J’ai le choix entre deux indicateurs, soit une tabanas au corps orangé et une aile beige, ou un ducky hog hopper avec un thorax rouge sous une aile de cervidé blanchâtre. La nymphe devient bien plus foncée, car je n’ai plus besoin de la guetter, je la choisie sans aucun lestage. Je m’intéresse aux bordures, où il y a peu de chemin d’homme les longeant, dans les zones abritées sous un arbre.

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Le succès est immédiat, l’indicateur plonge rapidement, après la disparition de la nymphe dans les profondeurs de la rivière. Le jeu est attrayant et je poursuis mon chemin vers chacun des  abris  repérés. Le goût de l’échec s’est estompé, car cette prise si rapide m’a ragaillardi.

La mécanique de l’inéluctable rendez-vous,

Il y a des soirs où je trépigne, poussé vers un rendez-vous inéluctable. Les sensations sont à peine couvertes par l’amoncellement de points sur la check-list de préparatifs. J’essaye de tout préparer minutieusement. Sur la grande table, je dispose avec une rigueur de géomètre, les objets qui m’aideront à mener mon affaire. Comme quand je disposais mes billes et calots pour la rencontre du lendemain, sur le sable de la cour d’école. Je me rends compte ce soir, que ce geste est en moi depuis bien longtemps. Il est le rituel de mes équipées d’écolier ou d’enfant, et mes vagabondages du Cantal. Ainsi je revois également ma musette, en osier brun foncé où mon père avait déposé les cartons de bas de ligne et d’hameçons. Au fond, à gauche ma boîte ronde, verte armée, qui maintenait en captivité mes appâts. Deux petits bouchons, un quignon de pain, un mouchoir en tissu qui protège un joyau,  ce petit couteau offert par mon père.

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Avec ce précieux outil, je me sens prêts à affronter les sous bois et la rivière. Cette eau du Cantal qui serpente au creux de vastes prés. D’autant que cet outil dans les mains de mon père réalise des choses incroyables. Ce couteau a réussi à faire naître un arc et des flêches, ainsi qu’un poignard en noisetier. Alors le petit garçon que je suis ne peux que croire que cette petite lame le sortira de bien des mauvais pas. Voici dans quelles conditions je me retrouve lorsque je m’attèle à une entreprise rocambolesque de pêche à la mouche. Un pied dans le passé, je retrouve le plaisir d’un sac léger, pour se contenter du stricte nécessaire. Pour chaque poche du gilet, un objet qui s’adaptera à une situation, voir polyvalent celui-ci me permettra plusieurs actions. J’aime aussi laisser une poche vide, pour un morceau de pain ou un fruit. J’ai le sentiment à ces moments d’être pleinement là, plein de mes souvenirs, pragmatique dans mes choix présent et rêvant d’actions de pêche à venir.

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Bien sûr j’équipe ma boite. Je suis attiré de plus en plus vers du minimalisme, réduisant le nombre d’imitations au fur et à mesure que ma technique progresse. Car plus nous arpentons nos berges chéries, mieux nous connaissons ses méandres, les postes de ses salmonidés, et son biotope. Un abandon à la rêverie, et vous retrouvez le calme, cette apaisement des bords de rives. Je commencerais demain proche du saule, au pied d’une savonnière à l’entrée des herbiers. Je suis décidé, la dernière boîte refermée, ma casquette posée sur l’ensemble des bagages, je vais rejoindre Morphée en rêvant éveillé. Mais avant, je tâte ma poche, comme pour me rassurer, le petit couteau est toujours là. Je pourrais partir pêcher demain !