Appel – Nous voulons des coquelicots

Appel des 100 pour l’interdiction de tous les pesticides*

Les pesticides sont des poisons qui détruisent tout ce qui est vivant. Ils sont dans l’eau de pluie, dans la rosée du matin, dans le nectar des fleurs et l’estomac des abeilles, dans le cordon ombilical des nouveau-nés, dans le nid des oiseaux, dans le lait des mères, dans les pommes et les cerises. Les pesticides sont une tragédie pour la santé. Ils provoquent des cancers, des maladies de Parkinson, des troubles psychomoteurs chez les enfants, des infertilités, des malformations à la naissance. L’exposition aux pesticides est sous-estimée par un système devenu fou, qui a choisi la fuite en avant. Quand un pesticide est interdit, dix autres prennent sa place. Il y en a des milliers.

Nous ne reconnaissons plus notre pays. La nature y est défigurée. Le tiers des oiseaux ont disparu en quinze ans; la moitié des papillons en vingt ans; les abeilles et les pollinisateurs meurent par milliards; les grenouilles et les sauterelles semblent comme évanouies ; les fleurs sauvages deviennent rares. Ce monde qui s’efface est le nôtre et chaque couleur qui succombe, chaque lumière qui s’éteint est une douleur définitive. Rendez-nous nos coquelicots ! Rendez-nous la beauté du monde !
Non, nous ne voulons plus. À aucun prix. Nous exigeons protection.

Nous exigeons de nos gouvernants l’interdiction de tous les pesticides* en France. Assez de discours, des actes.

*de synthèse

https://nousvoulonsdescoquelicots.org/

 

 

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Béarn et Basque

Nous avons tous en espoir que la 3ème saison de l’année, puisse être avec un ensoleillement maximal. Même si je l’avoue, j’apprécie quand quelques nuages ou orages viennent perturber, raisonnablement le programme d’UV intensifs. Je reprends l’écriture en laissant sur un brouillon les épisodes d’été en Normandie, où en quatuor de comparses, nous avons plaisamment remonté l’eau. Je partagerai plus tard ces joyeux moments, pour me concentrer sur mes sorties en Pyrénées.  L’aventure est complète cette année, en partant durant plusieurs semaines dans cette région du Béarn que nous n’avions jusque là jamais visitée. Mes cannes, le gilet et toutes les boites pour pêche et de montage ont été de la partie, à la découverte du Béarn, voisin du Pays Basque.

Nous avons été accueilli en vallée d’Aspe, où chemine le gave d’Oloron. Il y a un sentiment singulier en ces lieux, j’ai une affection particulière avec ces montagnes, par mon histoire familiale et à chacune de mes promenades elles paraissent plus séduisantes, attachantes. Mes cannes ont suivies auparavant des torrents de montagnes ou des rivières à forts débits, mais ici au pays affectionné par Tristan Derème, je suis ébahi par ce gave. Il coule à vive allure et change de physionomie très rapidement, plat ou cuve et rapides s’enchaînent frénétiquement au milieu des prés ou au coeur de roches qui l’entraînent dissimulant les accès à son lit. La vallée est tellement dégagée, les monts paraissent laisser place, s’effacent pour offrir un lieu protégé pour vivre, cultiver, aimer et pêcher. L’espace est bien différent de l’Aude ou de l’Ariège. La randonnée sera notre première activité pour découvrir de possibles parcours. Sans presser le temps, nous partons avec mon fils, avec nos escalades, sauts de puces de champs en champs, les griffures nous tatouent à tenter d’ouvrir des broussailles pour observer de  longues heures l’eau. Je crois que dans ces moments, il y en a un, que je chérie particulièrement. Car il précède  la préparation méthodique de la partie de fouet, avant même de s’assoir devant l’étau, ou de remplir avec une petite frénésie les poches. Ces dernières années, je revois ce moment avec lui, mon fils, dans les images que mes souvenirs m’accordent, il change, il grandit mais ce moment se répète, me faisant entrevoir qu’inexorablement, doucement, il devient un homme sous mes yeux.

Alors mon fils, vient ! Nous allons découvrir un trésor ou une enygme laissé par le Gave, pour ceux qui souhaitent observer. Vient fils ! Soulever des pierres ! On les choisit ensemble, chacun retourne et partage sa découverte à l’autre ou le conseille ; nos yeux ne savent plus où regarder tant il y a à découvrir sous ces roches et sur les fonds de sables ou de gravier. Notre recherche est essentielle, elle apporte des idées foisonnantes pour le montage, et la frénésie de sortir la soie est en nous décuplée. L’accord sur les mouches qui seront de saison, se trouve facilement, quand au lieu de sortie nous débattons, observons les postes, les spots. Car père et fils ne pêchent pas de la même manière, il fut un temps d’apprentissage ou nous étions en mimétisme, maintenant il tente, s’aventure et se différencie. Le choix du spot doit nous convenir à chacun, pour passer un bon moment ensemble. Vous connaissez cette sensation lorsque vous observez vos enfants, ce sentiment délicieux de les voir vivre de nouvelles expériences, à leurs manières, avec leur individualité, avec ce qui fait qu’il sont eux.

Nos projets de sorties se dessinent vers un parcours en amont d’Oloron Sainte Marie et sur le No-Kill éponyme. Pour le premier parcours, le chemin d’accès est ardu, et j’ai fait l’erreur d’aller trop vite pour passer des ruisseaux. Avant même d’être proche des eaux, sur des roches glissantes, j’ai déjà chuté de tout mon poids sur le tibia. Je vais rencontrer des difficultés, je le sens immédiatement. Dommage d’être si pressé…

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Domaine de Coyolles

The song of Wandering Aengus

I went out to the hazel wood,
Because a fire was in my head,
And cut and peeled a hazel wand,
And hooked a berry to a thread;
And when white moths were on the wing,
And moth-like stars were flickering out,
I dropped the berry in a stream
And caught a little silver trout

When I had laid it on the floor
I went to blow the fire aflame,
But something rustled on the floor,
And some one called me by my name:
It had become a glimmering girl
With apple blossom in her hair
Who called me by my name and ran
And faded through the brightening air.

Though I am old with wandering
Through hollow lands and hilly lands,
I will find out where she has gone,
And kiss her lips and take her hands;
And walk among long dappled grass,
And pluck till time and times are done
The silver apples of the moon,
The golden apples of the sun.

The song of Wandering Aengus, William Butler Yeats

 

Observe et regarde encore,

Il y a des matins qui sont illuminés, tout d’abord par la lumière qui est bien différente ces derniers jours. Elle s’enveloppe enfin de tonalités orangées, des teintes chaudes pour te rappeler qu’un nouveau cycle advient. Tu le sents sur ta peau, dans tes os, que le printemps s’approche. Il arrive avec son cortège de lumière, de chlorophylle, les verdiers et leurs congénères théropodes clament son approche en fanfare et trompettes. Leurs chants virevoltent et le vent s’est lui-même débarrassé de ses attraits de glace pour danser à cette musique. Tu as le plaisir de rejoindre une eau en milieu de matinée, qui commence à faire apparaître son fond, car sa charge d’hiver, sa turbidité s’efface doucement. Alors avec concentration et impatience, je monte ma grande canne, il est fort à parier que je débuterai par une séance de pêche à la nymphe. Nous verrons par la suite en cours de journée, si la température est clémente pour permettre quelques éclosions et qui sait, avoir le plaisir de poser quelques mouches sèches. A ce moment de la journée, j’oscille entre observation et excitation car il est évident que les conditions sont particulièrement bonnes pour une partie de fouet.

Je reste un bon moment à observer l’eau, sur la partie qui sera mon début de parcours, elle est calme, luxe et volup…. et calme. La rivière parait réciter sa poétique, d’une roche à l’autre, sans avoir invité les insectes dans son cheminement, sans proposer un seul accent de ponctuation. La nymphe sera une March Brown, sur un hameçon de 14, avec une seconde mouche palmer, car l’eau ne me permet pas de pêcher complètement à vue. Je profite du temps qui passe, sans être haletant sur les posés, je prospecte les bords de berge méthodologiquement. Je sais que cette rivière est rigoureuse, et elle ne m’offrira pas de prise, si je ne m’applique pas à l’approche, au posé et au retrait de l’eau de mes imitations. Une première éclosion a  lieu car je m’approche de la fin de matinée, qui fait danser sous les arbres quelques bibios. Je suis en méditation face à ces changements comme plusieurs volatiles qui attendent, qui sont au guet, cela veut-il dire qu’une seconde éclosion va avoir lieu ? A chacun de mes pas sur les rives, j’apprends que je ne sais pas grand chose, que je reste bien ignorant face à la nature. J’apprends que l’observation ainsi que la patience récompense, bien plus un moucheur, que la frénésie du geste. A chaque promenade, je reviens avec un certain nombre de questionnements sur ce qui m’entoure et sur moi.

C’est sur un ponton de rondins de bois, enjambant les eaux que je découvre la deuxième éclosion. Comme nous prenions, avec mon fils, un court moment pour grignoter notre repas, sur la serviette posée au sol une éphémère est venue nous rejoindre. C’est toujours un moment si simple et fragile que d’être proche d’une espèce, on se demande si une connexion va se faire, si elle va reprendre son vol avant même que notre regard se soit posé sur elle dans le détail. Nous étions je pense disponibles et calmes, ainsi l’éphémère est restée de très longues minutes, comme coquette, nous permettant de la contempler. Il est possible que ce soit une Heptageniidae soit Epeorus, Rithrogena, Electrogena, ou Ecdyonurus ; qui sont des genres ayant 2 cerques. Avec l’approfondissement de mes connaissances, je pourrai peut-être un jour réussir à discerner avec plus d’aisance les genres au bord de la rivière.

Comment décrire ce qui se déroule par la suite, ces instants d’observation ont toujours un impact sur les choix que nous prendrons dans ce début d’après midi. On change la pointe de bas de ligne, la nymphe et sa taille, qui sera au bénéfice de très belles approches, voire parfois des refus haletants. En effet, sur une partie que j’affectionne, je pose une nymphe d’heptagenia sur le dernier tiers d’une accélération, d’un courant, qui précède une courbure du cours d’eau. J’arrive à rester dans la veine, avec ma soie qui se positionne sans tirer la nymphe. A moins d’un mètre de la fin du courant je perçois une forme sortir de sa cache, tout d’abord à vive allure, puis elle effectue une nage en arrière au même tempo que ma nymphe. Cette truite nage en « moonwalk » à 10 centimètres face à ma nymphe durant quelques secondes, je pense sans être sûr, le temps s’était figé. Elle recule donc, et se rapproche de mon regard, je la vois distinctement, je guette les ouïes et leur ouverture. Mais cela n’adviendra pas, la danseuse ne prendra pas mon imitation et accélère d’un coup d’un seul, vers une nouvelle cache. Je suis resté souriant au milieu des savonnières, car je pêche exactement pour ces sensations, pour ces moments d’échecs infimes ou de réussites.

La journée s’avance très légèrement, mes pas m’ont guidé vers des ombrages, et la rivière devient plus encombrée par la végétation. Les arbres l’étreignent, se posent sur ses rives, les occupent en lui faisant une haie d’honneur lassive. Cette partie sera délicieuse lorsque je pourrai remonter son cours au sein du flot, mais comme elle est difficile, exigeante, pourrai-je réussir un posé sous cet encombrement ? Je viens d’identifier un bruit, un son connu me laissant penser qu’une d’entre elles serait montée pour prendre son repas en surface. Lentement, j’avance et arrive à identifier la zone d’activité sous une révérence de branches, proche de la rive opposée à plus de 12 mètres en amont de mon poste. Un arbre parait me permettre de me glisser et d’avoir un angle, mais que faire, je ne peux pas fouetter. Si j’ai dans ma boite une sèche au corps vert/ jaune avec une aile blanche faite avec des petites plumes de colvert (mallard), je me lance pour un shoot en arbalète. Une première tentative me permet de poser délicatement mais sur la veine d’eau dans un axe plus court que les gobages qui se poursuivent. Je règle la distance, je bouge que très peu, j’attends, je me délecte de la voir monter avec régularité à la surface et puis je lache ma mouche. Sa trajectoire est très proche des branches, et elle se glisse jusqu’à la lisière de la berge, se pose à 80 centimètres en amont des gobages et descend jusqu’à… Pendu ! Je l’ai, sous l’effet d’un petit bouillon, mes doigts ont tirés légèrement la soie au gobage et ma canne s’est redressée que de quelques centimètres pour permettre le contact. La belle est ferrée, et mon cœur est prêt à jaillir de ma poitrine, je peux compter sur l’aide de mon fils pour lui redonner sa liberté. Je suis simplement heureux de nos aventures.

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Le livre de Yaak

« Je me rends compte à présent que je commençai véritablement à souffrir du sort de la vallée à l’instant même où j’avais l’impression de m’adapter, d’avoir noué une relation avec le paysage. De m’être recrée et reconstitué afin d’acquérir un tempérament et des désirs appropriés à un tel décor. D’avoir vécu ce processus sans le combattre ou lui résister. À mesure que ce paysage devenait mon foyer, les blessures et les outrages devenaient miens.

Il est impossible de dire à quel moment un lieu devient un foyer, quand on y trouve sa place et la paix, pas plus que l’on ne saurait dire à quel moment une rivière s’adapte le mieux à la vallée qu’elle parcourt. Elle coule et change, elle se déplace et creuse un lit profond à certains endroits, étend son cours à d’autres. Elle charrie des sédiments, des rondins et des vies. Elle chante nuit et jour… »

Le livre de Yaak, de Rick BASS

 

Quel plaisir de lire ce livre,

Mayfly nymph, nymphe Danica

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Mayfly nymph, nymphe de mouche de mai

Les éphémères sont les plus anciens insectes ailés de la planète. Les larves peuvent vivre de quelques semaines à plus de 2 ans, la couleur dominante des larves d’éphémères tire vers le jaune-brun. Elles mesurent de 18 à 25mm.

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Nymphe Danica, photo de Jbi

Les larves d’éphémères possèdent un corps divisé en trois parties :

  • la tête
  • le thorax : composé de 3 segments visibles , il porte les fourreaux alaires qui sont absents chez les jeunes larves et qui apparaissent au fur et à mesure des mues. Au dernier stade, ils sont de couleur brun noir.
  • l’abdomen : composé de 10 segments. Il se termine par trois longs cerques. Des branchies*, bien visibles, mobiles et de taille variable, se situent sur les bords latéraux des 7 premiers segments de l’abdomen.
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Nymphe Danica

Les Larves d’éphémères Danica sont fouisseuses , elles affectionnent le substrat meuble (sable et vase) du bord des rives des lacs et rivières à courant lent ou fort. Grâce à des grandes mandibules proéminentes, elles y creusent des galeries en U dont les deux extrémités sont en contact avec la surface, galeries qui s’écroulent derrière elles du fait de la mobilité du substrat. Les pattes antérieures sont aplaties et servent de pelle. Les branchies sont plumeuses et repliées sur le haut de l’abdomen. Dans sa galerie, la larve ondule son corps de haut en bas pour créer un courant d’eau apportant l’oxygène nécessaire à la respiration.